Le 1er mai 1522, Joachim du Bellay voit le jour au château de la Turmelière, à Liré-en-Anjou, dans une famille noble mais marquée par les pertes précoces : il perd ses deux parents alors qu’il est encore enfant. De santé fragile et élevé par un frère négligent, il trouve refuge dans les lettres. Après des études de droit à Poitiers, il rencontre Pierre de Ronsard et Jacques Peletier du Mans, et rejoint le collège de Coqueret à Paris, où il se forme aux côtés du professeur de grec Jean Dorat. C’est là qu’avec Ronsard, il fonde la « Brigade », future Pléiade, groupe de jeunes poètes animés par un idéal : défendre et illustrer la langue française, en la hissant à la hauteur du latin et du grec.
En 1549, il publie le manifeste du groupe, La Défense et illustration de la langue française, dans lequel il plaide pour un enrichissement de la langue par la création et l’imitation des Anciens. L’année suivante paraît L’Olive, recueil pétrarquiste dédié à une muse fictive, où transparaît déjà son goût pour l’élégie et la forme du sonnet. Son ambition poétique se double d’un engagement intellectuel profond en faveur de la langue nationale, dix ans après l’ordonnance de Villers-Cotterêts.
Un séjour amer à Rome, un retour mélancolique et une mort prématurée
En 1553, du Bellay accompagne son oncle, le cardinal Jean du Bellay, à Rome. Il y espère un grand voyage humaniste, mais l’Italie papale le déçoit. Il découvre l’ennui, la médiocrité des courtisans et la pesanteur des intrigues politiques. Cette expérience nourrit Les Regrets, recueil de 191 sonnets publié en 1558, où se mêlent plainte élégiaque, satire mordante et éloge. C’est dans ces vers qu’il livre son sonnet le plus célèbre, Heureux qui comme Ulysse, où il évoque la nostalgie de son Anjou natal. Il y dépeint son exil comme une épreuve, et sa poésie devient le lieu d’une quête intime de vérité et de beauté.
Atteint de surdité et usé par la maladie, il revient en France en 1557. Il loge alors chez son ami Claude de Bize, au cloître Notre-Dame, et poursuit ses publications, notamment Les Antiquités de Rome et le tendre Épitaphe d’un chat, en mémoire de son compagnon félin Belaud. Il meurt le 1er janvier 1560, à Paris, à seulement 37 ans, victime d’une attaque d’apoplexie. Il laisse une œuvre riche et influente, portée par un idéal humaniste et une langue souple, expressive et maîtrisée. Aujourd’hui, ses sonnets continuent d’inspirer poètes, compositeurs et artistes. Il est l’une des figures les plus touchantes et brillantes de la Renaissance littéraire française.