Le 17 avril 1696, Marie de Rabutin-Chantal, plus connue sous le nom de Madame de Sévigné, s’éteint au château de Grignan, en Provence, chez sa fille adorée. Née le 5 février 1626 à Paris dans une famille noble et lettrée, elle grandit entre deuils précoces — orpheline de père à un an, de mère à sept — et une éducation rigoureuse qui fit d’elle une femme cultivée, vive d’esprit, parfaitement à l’aise dans les salons littéraires du Grand Siècle. Mariée jeune au marquis Henri de Sévigné, elle devient veuve à 25 ans. Dès lors, elle se consacre à l’éducation de ses deux enfants, en particulier Françoise-Marguerite, sa fille, à laquelle elle vouera un amour passionné et exclusif, devenu le moteur de sa création épistolaire.
À partir du départ de sa fille en Provence, en février 1671, la marquise entame une correspondance régulière qui durera vingt-cinq ans. Plus de 1500 lettres lui seront adressées, mêlant confidences intimes, nouvelles de la Cour et observations sociales. Écrites avec élégance, naturel et humour, ces lettres ne sont pas seulement des témoignages d’un amour maternel hors norme : elles deviennent un art en soi. « Je me dévore, en un mot ; j’ai une impatience qui trouble mon repos », écrit-elle à sa fille, et ailleurs : « Mais toujours vous dire que je vous aime, que je ne songe qu’à vous, que vous êtes le charme de ma vie… » Son style, vif et spontané, forge une voix littéraire unique, mêlant le quotidien aux grands événements, les commérages de salon aux réflexions morales, toujours dans une langue limpide et raffinée.
Sans jamais avoir eu l’intention d’être publiée, Madame de Sévigné entre pourtant dans la postérité littéraire comme l’une des premières grandes plumes de la littérature française. Ses lettres circulaient déjà de son vivant dans les cercles cultivés, tant leur qualité stylistique était admirée. Fidèle à une esthétique du naturel, elle confessait : « Laissez trotter ma plume la bride sur le cou », revendiquant la spontanéité de l’écriture comme gage de vérité. Sa correspondance, devenue classique, révèle une femme attentive aux soubresauts du cœur comme aux soubresauts du royaume, et fait d’elle bien plus qu’une mère ou une mondaine : une véritable écrivain.