Condamné à sept ans de prison en Algérie, le journaliste français Christophe Gleizes a été désigné symboliquement membre du jury du prix littéraire de la ville de Biot. Un geste fort, voulu par la municipalité pour défendre la liberté d’expression et rendre hommage à la mission du journalisme.
Un soutien assumé à un journaliste emprisonné
Ce lundi 28 juillet, le maire de Biot, Jean-Pierre Dermit, a officialisé la nomination symbolique de Christophe Gleizes, collaborateur des revues So Foot et Society, comme membre du jury du prix littéraire Stéphane Frantz di Rippel. Ce prix, remis chaque année depuis 2022, distingue un ouvrage écrit par un journaliste autour d’un fait d’actualité vécu personnellement.
D’après l’AFP, cette décision vise à rappeler l’importance des libertés fondamentales, notamment dans un contexte tendu pour la presse internationale. « La ville de Biot a souhaité s’associer à cette cause de la liberté d’expression, de liberté de la presse, de liberté tout court », a déclaré l’élu lors d’une cérémonie devant la mairie.
Les six ouvrages en lice pour l’édition 2025, dont Prisonnier du désert d’Olivier Dubois ou La Meute de Charlotte Belaïch et Olivier Pérou, ont été envoyés à Christophe Gleizes par courrier postal. L’accord de sa famille a été nécessaire, l’intéressé ne pouvant être directement contacté depuis sa cellule à la prison de Tizi-Ouzou.
Une affaire au cœur d’un climat politique tendu
Christophe Gleizes, 36 ans, est le seul journaliste français actuellement détenu dans le monde, selon Reporters sans frontières. Il a été condamné fin juin en Algérie à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ». Les autorités lui reprochent des contacts avec un responsable du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, organisation classée terroriste en Algérie. Ce dirigeant est également impliqué dans le club de football de la Jeunesse Sportive de Kabylie.
Le contexte diplomatique entre Paris et Alger, déjà marqué par des tensions, a encore été exacerbé par ce dossier, comme par la récente arrestation de l’écrivain Boualem Sansal. Le procès en appel de Gleizes pourrait se tenir à l’automne.
Selon sa famille, le journaliste partage une cellule de 10 m² avec un codétenu, bénéficie de conditions de détention jugées correctes et peut emprunter trois livres par semaine à la bibliothèque. Il a aussi accès à la télévision, avec notamment les chaînes algériennes et beIN Sports.
Créé en mémoire de Stéphane Frantz di Rippel – directeur d’hôtel assassiné en 2011 en Côte d’Ivoire pour avoir protégé des journalistes –, le prix littéraire de Biot se veut un hommage à la résistance par la parole. L’édition 2025 sera remise le 24 octobre. La nomination de Christophe Gleizes en tant que juré symbolique entend réaffirmer cette vocation, en saluant le courage de celles et ceux qui poursuivent leur engagement journalistique au péril de leur liberté.