« Abidjan, capitale trouble » : Antoine Glaser signe un polar politique percutant
« Abidjan, capitale trouble » : Antoine Glaser signe un polar politique percutant

Dans Sombre lagune, Antoine Glaser s’aventure pour la première fois en fiction, sans renoncer à sa spécialité : décrypter les dessous opaques du lien franco-africain. Inspiré par l’actualité récente de la Côte d’Ivoire, ce roman noir déroule l’histoire d’un espion français empoisonné à Abidjan, sur fond de trafic de drogue, de corruption étatique et de Françafrique déclinante.

Un thriller africain sous haute tension

Paul Mercier, agent officieux de la DGSE installé depuis des années à Abidjan, est victime d’une tentative d’assassinat. Sauvé de justesse, il décide de découvrir qui a voulu le faire taire. En remontant la piste, il plonge dans les coulisses d’un système mafieux mêlant ministres ivoiriens, services secrets internationaux, réseaux libanais affiliés au Hezbollah et trafiquants de drogue. Sous couvert d’un commerce de vins, l’espion évolue dans un univers où les intérêts géostratégiques croisent les histoires de cœur – notamment avec Aya, issue de la bourgeoisie locale.

Dans une ville où la DEA américaine, selon une scène du roman, « évolue sur un terrain piégé », Mercier navigue entre des alliances douteuses, des zones grises de l’espionnage et un climat général de duplicité. Le personnage central – mélange d’espion vieillissant et d’idéaliste désabusé – incarne l’époque révolue des « Messieurs Afrique » au service d’une France autrefois omniprésente, désormais reléguée à un rôle secondaire.

Quand la fiction raconte la fin d’un système

Pour bâtir son récit, Glaser s’appuie sur des faits réels : la saisie de deux tonnes de cocaïne dans les ports ivoiriens en 2021, les affaires de blanchiment liées à certains cercles du pouvoir ou encore la disparition non élucidée du journaliste Guy-André Kieffer en 2004, dont il fut le rédacteur en chef à La Lettre du Continent. Dans une interview à RFI, l’auteur reconnaît que « l’idée du livre a germé à partir de ces disparitions ».

Mais Sombre lagune est moins un polar classique qu’un roman politique. La lagune Ebrié, véritable personnage à part entière, symbolise cette Côte d’Ivoire moderne rongée par la pollution, les inégalités et les tensions géopolitiques. À travers son héros, Glaser dessine le portrait d’une Afrique francophone en pleine mutation, où les anciens repères vacillent sous la pression des puissances émergentes et des intérêts criminels transnationaux.

Publié chez Fayard Noir (252 pages, 20 euros), le livre propose un regard lucide sur les métamorphoses d’un continent que l’auteur explore depuis plus de trente ans. Une œuvre de fiction, mais avec un fond terriblement réel.

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