Selon des échanges d’e-mails rendus publics, Jeffrey Epstein aurait proposé à Jack Lang un projet de fonds artistique dès novembre 2015. Dans ses messages, le financier américain expliquait avoir l’idée de créer un fonds qu’il abonderait à hauteur de 20 millions de dollars. L’objectif serait que Jack Lang achète des œuvres d’art pour les revendre ultérieurement, et que les bénéfices soient partagés à parts égales, soit 50-50 entre Epstein et la famille Lang. Dans un courriel adressé à sa fille, Caroline Lang, Epstein précisait : « No risk for your side. It will be fun ! » (« Aucun risque pour vous, ce sera sympa »). Réponse enthousiaste de Caroline Lang : « Wahou !!! ». Ces documents confirment la volonté d’Epstein d’impliquer directement la famille Lang dans des transactions financières liées à l’art.
Des prêts de biens matériels et des voyages de luxe
Les e-mails montrent également que Jeffrey Epstein fournissait à Jack Lang des avantages matériels considérables. Alors que Jack Lang n’avait plus de voiture avec chauffeur, un privilège anciennement offert par l’Institut du Monde Arabe, Jeffrey Epstein lui prêtait la sienne. Lorsque Jack Lang exprimait le souhait de se rendre à Marrakech, Epstein mettait à disposition son jet privé. L’ancien ministre craignait par ailleurs que son nom disparaisse progressivement de la scène publique, ce qui motivait Jeffrey Epstein à financer plusieurs projets en hommage à la famille Lang : 30 000 dollars pour un film dédié à la fille de Lang, 50 000 dollars pour un film retraçant l’épopée des années Lang, et l’intention de verser 100 000 dollars pour un livre sur l’éducation.
Jack Lang mauvais payeur
D’après Rima Abdul Malak, ministre de la Culture, « Tout le monde savait qu’il ne payait rien. Il considère qu’il doit être invité partout, dans des conditions de luxe ! ». Les langues se sont progressivement délitées concernant les habitudes de consommation du couple Lang. Les restaurants parisiens évoquent des factures impayées et un train de vie jugé princier. Au restaurant Chez Edgard, célèbre dans les années 1990 pour accueillir le monde politique et médiatique, un ancien ministre confiait : « Les Lang chez moi, plus jamais, ils me doivent dix ans de déjeuners. »
Au Festival de Cannes, les palaces de la Croisette ont également signalé des comportements problématiques. Les invités du Festival bénéficient en principe de deux nuits avec petit-déjeuner inclus, mais les notes du couple Lang atteignaient parfois plusieurs milliers d’euros, soit trois ou quatre fois le montant alloué par le Festival, pour des séjours prolongés ou des repas avec invités. Face à cette situation, certains hôtels ont refusé d’accueillir le couple.
En tant que président de l’Institut du Monde Arabe, Jack Lang a fait de cette fonction, normalement bénévole, un véritable emploi à temps plein. Le conseil d’administration a voté un salaire de 10 000 euros par mois, supérieur à celui de nombreux ministres.
Jack Lang a laissé une ardoise de 41 000 euros à Noura, le traiteur de l’IMA
Autre « casserole » accablante pour Jack Lang. Il y a un peu plus de 10 ans, en 2015, le traiteur libanais Noura et Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, se sont affrontés au sujet de 41 000 € d’impayés. Le différend était arrivé alors que Noura contestait la rupture de son contrat avec l’institut devant le tribunal. Selon Le Canard enchaîné, Jack Lang et son épouse Monique, habitués du restaurant Zyriab de l’IMA, n’avaient pas toujours réglé leurs repas. À son arrivée à la présidence en 2013, Jack Lang aurait obtenu un tarif réduit d’environ moitié prix, facturé sur plusieurs mois. Noura évoque 74 repas à prix préférentiel en deux mois, alors que l’IMA affirmait que le tarif réduit n’avait été appliqué que 25 fois en un an, dans le cadre d’une politique générale de réduction des dépenses.
L’affaire s’est terminée à l’amiable pour les impayés, Noura ayant obtenu le règlement des 41 000 € qu’il réclamait. Cependant, le traiteur contestait toujours la rupture de son contrat avec l’Institut du monde arabe et avait saisi le tribunal.
Des cadeaux de luxe
Jack Lang avait également reçu des costumes de haute couture, notamment de la marque italienne Smalto, connue pour avoir habillé le roi du Maroc Hassan II (1929-1999). D’autres créateurs comme Yves Saint Laurent ou le Japonais Issey Miyake lui avaient offert des vêtements. Une enquête pour abus de biens sociaux avait été ouverte, mais classée sans suite en 2023…