Affaire Epstein: le Premier ministre britannique Keir Starmer en grosse difficulté
Affaire Epstein: le Premier ministre britannique Keir Starmer en grosse difficulté

Le Premier ministre britannique Keir Starmer se retrouve dans une position délicate après les retombées de sa décision, en 2024, de nommer le vétéran politique Peter Mandelson ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, malgré les liens de ce dernier avec le défunt criminel sexuel condamné Jeffrey Epstein.

Le jugement de Keir Starmer est désormais scruté comme jamais, surtout après la publication, la semaine dernière, de millions de documents liés à Epstein par le ministère américain de la Justice, qui ont révélé l’ampleur de ces liens.

Un sentiment de colère général s’est exprimé face à la décision du Premier ministre de confier à Mandelson, figure éminente du propre parti travailliste de Starmer, un poste aussi sensible et médiatisé. Starmer avait déjà limogé Mandelson après la publication d’un premier lot d’emails en septembre, montrant que ce dernier restait ami avec Epstein après la condamnation de ce dernier en 2008 pour des délits sexuels sur mineur.

Mais les emails rendus publics cette semaine montrent également que Mandelson a transmis, en 2009, des informations gouvernementales sensibles, et potentiellement influentes pour les marchés, au financier déshonoré, alors qu’il était membre du Cabinet travailliste.

Un leadership désormais remis en question

Le leadership de Starmer est désormais contesté. Plusieurs députés travaillistes ont affirmé qu’il devrait démissionner, tandis que d’autres semblent mal à l’aise, après une série de faux pas depuis le retour du parti au pouvoir à la suite d’une victoire écrasante en juillet 2024.

Starmer tente de se défendre. Il a présenté des excuses au public britannique ainsi qu’aux victimes du trafic sexuel d’Epstein, reconnaissant qu’il avait cru à ce qu’il a qualifié de « mensonges de Mandelson ».

Les scénarios possibles pour Starmer

Il existe plusieurs options pour Starmer, certaines plus simples que d’autres. L’option la plus directe serait que Starmer annonce sa démission, déclenchant une élection à la direction du parti travailliste. Une démission pourrait intervenir si une délégation de membres du Cabinet lui fait savoir qu’il a perdu trop de soutien au sein du parti, ou si des membres de son gouvernement démissionnent en signe de protestation.

Parmi ceux considérés comme ayant des ambitions pour le leadership figurent la ministre de la Santé Wes Streeting, la ministre de l’Intérieur Shabana Mahood et l’ancienne vice-Première ministre Angela Rayner, contrainte de démissionner l’an dernier après avoir reconnu ne pas avoir payé suffisamment d’impôts lors de l’achat d’une maison. Le problème pour Rayner est qu’une enquête sur cette affaire est toujours en cours.

Cependant, aucun candidat clair ne se détache pour le moment. Andy Burnham, populaire maire de Manchester, qui a été empêché de se présenter à une élection partielle spéciale dans sa ville plus tard ce mois-ci, ne serait pas éligible car le leader doit être issu du groupe parlementaire travailliste.

Quiconque se présente verrait l’élection durer probablement plusieurs semaines, Starmer restant en poste jusqu’à la fin du processus. Si Starmer décidait de démissionner immédiatement, le Cabinet et l’organe dirigeant du parti travailliste choisiraient probablement un leader intérimaire pour assurer le poste de Premier ministre, probablement quelqu’un qui ne brigue pas la direction du parti. Le vice-Premier ministre David Lammy pourrait convenir à ce rôle.

Selon les règles du parti travailliste, les candidats doivent obtenir le soutien d’un cinquième du groupe parlementaire, soit 80 députés. Ceux remplissant ce critère doivent ensuite recevoir l’appui de 5 % des sections locales du parti ou d’au moins trois affiliés, dont deux doivent être des syndicats. Les affiliés sont des groupes ou organisations dont les intérêts sont considérés comme alignés avec ceux du Labour, incluant syndicats, sociétés coopératives et sociétés socialistes.

Les membres éligibles du parti et des affiliés voteront ensuite pour le leader via un système électoral classant les candidats par ordre de préférence. Le gagnant sera le premier à obtenir plus de 50 % des voix. Le roi Charles III inviterait alors le vainqueur à devenir Premier ministre et à former un gouvernement.

Une voie plus compliquée

Si Starmer ne démissionne pas, il pourrait faire face à un défi interne, potentiellement venant de son propre Cabinet. Contrairement au Parti conservateur, qui a déjà destitué des leaders comme Margaret Thatcher en 1990 et Boris Johnson en 2022, le Labour n’a pas cette expérience. Aucun Premier ministre travailliste n’a jamais été délogé, même si Tony Blair avait annoncé sa démission en 2007 après une série de petites démissions.

Les challengers doivent remplir les mêmes critères d’éligibilité, mais Starmer figurerait automatiquement sur le bulletin. Starmer devra affronter une série d’obstacles dans les semaines à venir. Le premier surviendra probablement dans quelques jours, lorsque les dossiers relatifs à la sélection de Mandelson seront publiés. Starmer espère que ces documents révéleront l’ampleur des mensonges de Mandelson. Dans le cas contraire, cela représenterait un risque majeur pour le Premier ministre.

Une autre épreuve potentielle sera l’élection partielle spéciale à Gorton et Denton le 26 février, traditionnellement un bastion sûr du Labour. Cette fois, la lutte s’annonce difficile avec des défis venus du parti anti-immigration Reform U.K. à droite et des Verts à gauche.

La décision d’empêcher Burnham de se présenter constitue également un risque pour le Labour. Bien qu’il ait été bloqué pour éviter qu’une victoire déclenche une élection coûteuse pour la mairie de Manchester, les critiques affirment que Starmer ne voulait pas voir un rival potentiellement dangereux revenir à la Chambre des communes.

En mai, une série d’élections locales suivra. Beaucoup au Labour craignent de perdre le pouvoir au Pays de Galles pour la première fois depuis 1999, d’obtenir des résultats médiocres en Écosse et d’être sévèrement battus lors des élections locales en Angleterre.

Le paysage politique s’annonce donc particulièrement difficile pour Starmer, sans compter les développements imprévus qui pourraient encore fragiliser sa position.

Comme le disait Harold Macmillan, Premier ministre entre 1957 et 1963 : « Les événements, mon garçon, les événements », lorsqu’on lui demandait quels étaient les plus grands défis pour un dirigeant.

Partager