Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a ordonné aux diplomates américains d’intensifier leurs efforts pour affaiblir, voire abroger, la nouvelle législation technologique de l’Union européenne, selon des informations obtenues par Reuters. Cette directive marque une nouvelle escalade dans les tensions transatlantiques autour de la régulation des géants du numérique, que Washington considère comme discriminatoire envers les entreprises américaines.
Dans un câble diplomatique classé confidentiel mais consulté par l’agence de presse, Rubio demande aux ambassades américaines en Europe de mener une campagne active de lobbying auprès des responsables politiques locaux, d’organisations de la société civile et de partenaires commerciaux afin de construire une opposition structurée à cette loi. Le texte visé n’est pas précisé dans le câble, mais il s’agit vraisemblablement du règlement sur les services numériques (DSA) ou du règlement sur les marchés numériques (DMA), deux piliers du cadre européen en matière de technologies.
L’administration Trump accuse depuis plusieurs mois Bruxelles de vouloir restreindre la liberté d’expression en ligne sous couvert de lutte contre la désinformation et de contrôle des plateformes. Des responsables américains dénoncent également des mesures « arbitraires et ciblées » qui, selon eux, nuisent de manière disproportionnée aux entreprises américaines, notamment Meta, Google ou Amazon, sans affecter leurs concurrents européens.
Rubio va plus loin en exigeant que les diplomates américains mènent des enquêtes informelles sur les motivations politiques derrière l’adoption de ces lois, en identifiant les groupes de pression ou les partis européens qui soutiennent une ligne « anti-américaine ». Il demande également que des éléments soient rassemblés pour contester légalement certaines dispositions devant les institutions internationales.
Cette initiative s’inscrit dans un climat de tensions croissantes entre les États-Unis et l’Union européenne en matière de commerce, de fiscalité numérique et de souveraineté technologique. Washington voit dans les ambitions réglementaires de l’UE une tentative de créer un cadre normatif mondial qui marginaliserait l’influence américaine sur Internet.
Du côté européen, plusieurs responsables ont déjà fait savoir qu’ils ne comptaient pas revenir en arrière. « Nous ne faisons pas de lois contre qui que ce soit. Nous protégeons nos citoyens, nos droits fondamentaux et notre marché », avait déclaré un eurodéputé influent lors de l’adoption du DSA en 2022.