Une remarque spontanée de la nouvelle Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, évoquant la réaction possible de Tokyo en cas d’attaque chinoise contre Taïwan, a déclenché la plus grave crise diplomatique entre les deux pays depuis des années. Selon des responsables japonais, son propos n’avait pas vocation à durcir la position du Japon, mais il complique désormais toute tentative d’apaisement.
Pékin a répliqué avec une série de mesures visant à exercer une pression économique et politique sur Tokyo, notamment un boycott des voyages vers le Japon, la suspension d’importations de produits de la mer et l’annulation d’événements culturels. Les responsables japonais affirment cependant qu’il leur est impossible d’accéder à la demande principale de Pékin : le retrait pur et simple de la déclaration de Takaichi, jugée conforme à la position stratégique du pays.
Si l’incident n’a pas érodé la popularité intérieure de Takaichi, il place le Japon dans une posture diplomatique délicate. Jusqu’ici, les dirigeants japonais évitaient de mentionner explicitement Taïwan dans des scénarios militaires, adoptant une ambiguïté stratégique similaire à celle des États-Unis. Selon des analystes, la Première ministre s’est « enfermée » dans une situation sans issue immédiate, et les relations bilatérales pourraient traverser une longue période de froid.
Les tentatives japonaises d’apaisement n’ont pour l’heure fait qu’exposer l’ampleur des divergences. Lors d’une rencontre officielle à Pékin, les échanges ont été décrits comme « solennels », et les médias chinois ont souligné le caractère symbolique du costume porté par le représentant de Pékin, associé à un mouvement nationaliste étudiant de 1919. Les images diffusées en Chine ont montré une attitude volontairement distante à l’égard de l’émissaire japonais.
Les conséquences économiques potentielles inquiètent Tokyo. Les analystes estiment que le boycott touristique chinois pourrait coûter plus de 14 milliards de dollars par an au Japon. D’autres scénarios, comme une restriction des exportations chinoises de minéraux critiques utilisés dans l’électronique et l’automobile, font peser un risque supplémentaire sur la quatrième économie mondiale. Une campagne d’opinion antifrançaise en Chine, similaire à celle de 2012, pourrait provoquer des pertes équivalentes à environ 1 % du PIB japonais.
Pékin multiplie par ailleurs les attaques verbales contre la Première ministre. Un diplomate chinois a brièvement diffusé un message perçu comme une menace personnelle avant de le supprimer, tandis que des commentateurs nationalistes la décrivent comme une « sorcière malfaisante ». Une caricature relayée par les forces armées chinoises la représente brûlant la constitution pacifiste du Japon, accentuant davantage l’atmosphère hostile.
Pour l’heure, aucun signe tangible ne permet d’envisager un apaisement rapide. Selon des responsables japonais, il n’existe « même pas un point de départ » pour rétablir le dialogue. Un diplomate américain estime que la crise pourrait durer tant que Pékin ne jugera pas nécessaire de rééquilibrer sa relation avec Washington en tentant de rapprocher Tokyo.