Une mission secrète américaine tourne au fiasco en République démocratique du Congo
Une mission secrète américaine tourne au fiasco en République démocratique du Congo

Une tentative de mission diplomatique informelle, menée en mars dernier par un trio d’Américains en République démocratique du Congo pour négocier la libération de trois prisonniers américains, a rapidement tourné court, révélant les limites d’une diplomatie parallèle prônée par l’administration Trump. Selon une enquête de Reuters, les envoyés – un homme d’affaires israélo-américain, un ancien Béret vert et un ex-diplomate controversé – ont quitté précipitamment Kinshasa deux jours après leur arrivée, craignant une arrestation.

L’homme d’affaires Moti Kahana, connu pour ses opérations d’évacuation humanitaire en Ukraine et en Afghanistan, était à la tête de cette délégation non officielle. Le but affiché : obtenir la libération de trois citoyens américains condamnés à mort en RDC pour leur implication présumée dans un coup d’État avorté, en échange d’un accord sécuritaire et économique sur les ressources minières du pays avec les États-Unis. Le président Donald Trump aurait, selon les envoyés, manifesté un intérêt direct pour un tel arrangement.

Malgré un accueil initial encadré par la police congolaise, la mission s’est heurtée à une méfiance persistante de la part des autorités congolaises, notamment du conseiller à la sécurité du président Félix Tshisekedi. Les exercices de tir nocturnes imprudents de Kahana et de l’ex-soldat Justin Sapp sur une base militaire locale ont aggravé la situation, alimentant les soupçons des services de renseignement d’un projet d’attaque contre des institutions congolaises. Le général Franck Ntumba, chef de la garde présidentielle, est même intervenu personnellement pour exiger les passeports du groupe.

Le contexte de cette mission était déjà sensible. Kahana avait auparavant remis à Tshisekedi, lors du Forum de Davos en janvier, une liste d’individus soupçonnés de fomenter un complot contre lui, parmi lesquels figurait apparemment le général Ntumba. Cette dénonciation aurait exacerbé l’hostilité à l’égard de la délégation américaine.

Cette initiative, bien que soutenue officieusement par le Département d’État, illustre la méthode Trump : privilégier des négociations directes, parfois opaques, en s’appuyant sur des relais non institutionnels. « Ce n’est pas rare que nous utilisions des personnes ayant les bonnes connexions », a justifié Dustin Stewart, représentant spécial adjoint pour les affaires d’otages. Mais cette fois, la stratégie s’est retournée contre ses architectes.

Aucun commentaire n’a été émis par le bureau du président Tshisekedi, ni par les généraux cités dans l’affaire. Quant aux trois Américains incarcérés, leur sort reste inchangé à ce jour. Cette opération ratée, qui mêle ambitions humanitaires, calculs géopolitiques et imprudence sur le terrain, jette une lumière crue sur les pratiques diplomatiques non conventionnelles de Washington sous l’administration Trump.

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