Un accord de plusieurs milliards de dollars visant à construire l’un des plus grands centres de données d’intelligence artificielle au monde aux Émirats arabes unis reste incertain, malgré sa présentation officielle lors de la récente visite du président américain Donald Trump à Abou Dhabi. Selon plusieurs sources proches du dossier, des inquiétudes sécuritaires non résolues freinent la finalisation du projet.
Ce méga-campus, nommé « Stargate UAE », serait implanté sur 26 kilomètres carrés et financé par G42, une entreprise technologique émiratie aux liens étroits avec l’État. Il doit accueillir dès 2026 une première phase alimentée par les puces d’IA avancées de Nvidia et impliquant également OpenAI, Cisco, Oracle, SoftBank, ainsi que Microsoft, qui a récemment investi 1,5 milliard de dollars dans G42. Le projet est conçu pour asseoir la domination technologique américaine dans la région, face aux ambitions croissantes de la Chine.
Malgré ces ambitions, des responsables américains expriment des doutes quant à la capacité des Émirats à empêcher la fuite de technologies sensibles vers des adversaires de Washington, notamment la Chine. Les relations étroites qu’Abou Dhabi entretient avec Pékin et Moscou, combinées à l’historique de coopération technologique avec Huawei, nourrissent ces préoccupations. Aucun calendrier officiel n’a été établi pour valider l’accord, et des négociations sont encore en cours concernant les contrôles technologiques que les États-Unis souhaitent imposer.
Parmi ces conditions figureraient l’interdiction d’utiliser des technologies chinoises sur le site et des restrictions sur l’emploi de ressortissants chinois. Les autorités américaines demanderaient également un accès renforcé aux infrastructures du campus pour surveiller leur usage. Mais Abou Dhabi pourrait solliciter des ajustements susceptibles de retarder encore davantage l’approbation.
L’administration Trump reste toutefois déterminée à faire avancer l’accord, qu’elle présente comme un levier stratégique pour ancrer les Émirats dans l’écosystème technologique occidental. Le campus d’IA devrait, à terme, atteindre une capacité colossale de 5 gigawatts et proposer des services cloud gérés directement par des entreprises américaines, destinés au marché régional.
Néanmoins, la persistance d’un réseau actif de contrebande de puces IA vers la Chine à partir des Émirats, la présence toujours influente de Huawei et Alibaba Cloud dans le Golfe, ainsi que l’usage du pays comme plateforme de contournement des sanctions contre la Russie depuis 2022, compliquent la confiance de Washington. L’issue du projet Stargate UAE demeure donc suspendue à un équilibre fragile entre promesse économique et vigilance géopolitique.