Ukraine et Russie s’accordent sur un échange de morts et de blessés graves, mais aucun progrès vers la paix
Ukraine et Russie s’accordent sur un échange de morts et de blessés graves, mais aucun progrès vers la paix

Lors d’un second round de négociations directes tenu lundi à Istanbul, les représentants russes et ukrainiens sont parvenus à un accord humanitaire majeur : l’échange de 6 000 corps de soldats tués au combat et la création d’une commission chargée de coordonner le rapatriement des blessés graves. Mais au-delà de ce geste symbolique, les discussions n’ont permis aucun progrès vers une résolution du conflit qui entre dans sa quatrième année.

La rencontre a eu lieu au lendemain d’une escalade spectaculaire, marquée par des attaques à longue portée sans précédent des deux côtés. L’Ukraine a frappé plusieurs bases aériennes russes avec des drones, endommageant plus de 40 avions, dont une partie de la flotte stratégique de bombardiers à capacité nucléaire, selon Kyiv. En retour, Moscou a lancé 472 drones — un record — sur le territoire ukrainien, dans ce qui semble être une tentative de submerger les défenses aériennes de son adversaire.

Lors des négociations, Moscou a présenté un mémorandum détaillant ses conditions de cessez-le-feu, immédiatement jugées inacceptables par l’Ukraine. Le document exige le retrait des forces ukrainiennes des quatre régions que la Russie a annexées en 2022 sans jamais les contrôler totalement, la fin de la mobilisation ukrainienne, l’arrêt des livraisons d’armes occidentales et le gel de toute présence militaire étrangère sur le sol ukrainien. Il propose également que l’Ukraine lève la loi martiale, organise des élections, renonce à l’OTAN, limite ses forces armées et reconnaisse le russe comme langue officielle au même titre que l’ukrainien.

Le ministre ukrainien de la Défense, Rustem Umerov, chef de la délégation à Istanbul, a déclaré que ces propositions seraient examinées « dans un délai d’une semaine » et a proposé de nouveaux pourparlers entre le 20 et le 30 juin. Le président Volodymyr Zelensky, en déplacement en Lituanie, a néanmoins qualifié les offres russes de « farce » et dénoncé la proposition d’un cessez-le-feu temporaire de deux à trois jours « pour ramasser les corps », au lieu d’une trêve réelle : « Ils ne comprennent même pas ce qu’est un cessez-le-feu. »

Malgré l’absence d’avancée diplomatique, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a salué la tenue de la réunion en elle-même comme un « succès », compte tenu de l’intensité des combats en cours. La précédente session, le 16 mai dernier, avait permis un important échange de 1 000 prisonniers de guerre de chaque côté. Zelensky a confirmé qu’une nouvelle libération d’otages était en cours de préparation.

Kyiv a également remis une liste de près de 400 enfants ukrainiens enlevés et transférés en Russie, exigeant leur retour. Moscou, qui rejette ces accusations, a proposé d’examiner « jusqu’à dix cas » — une réponse jugée dérisoire par l’Ukraine. En 2023, la Cour pénale internationale avait émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova, commissaire russe aux droits de l’enfant, pour enlèvements d’enfants en Ukraine.

Sur le terrain, les combats restent intenses le long des 1 000 km de front. Les bombardements russes sur la région de Kherson ont tué trois civils et blessé 19 autres, dont deux enfants. À Zaporizhzhia, cinq personnes ont été tuées et neuf blessées dans une attaque combinant missiles et tirs d’artillerie.

Tandis que les efforts de médiation américains piétinent, le président Donald Trump, qui s’était engagé à mettre rapidement fin à la guerre, a exprimé son impatience face à Vladimir Poutine, qu’il a qualifié sur les réseaux sociaux de « complètement FOU » après les dernières attaques contre Kyiv. Les frappes ukrainiennes contre les bases russes, saluées par Zelensky comme une « brillante opération », pourraient selon lui pousser Moscou à revenir à la table des négociations dans de meilleures dispositions.

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