Le président américain Donald Trump a annoncé cette semaine un nouveau plan pour renforcer la défense de l’Ukraine face à la Russie : transférer des systèmes de défense aérienne Patriot vers Kiev. Mais ce soutien ne viendra pas directement des États-Unis. Selon le schéma présenté, ce sont les alliés européens de Washington qui devront fournir leurs batteries, en échange d’armes américaines de remplacement. Une stratégie qui suscite autant d’espoir à Kiev que de confusion à Bruxelles.
Trump a affirmé que certains systèmes Patriot seraient livrés « dans quelques jours », sans préciser les pays concernés. Cette déclaration a pris de court plusieurs capitales européennes, y compris certains des plus proches partenaires des États-Unis. Nombre de responsables affirment ne pas avoir été consultés en amont, ni avoir reçu de précisions sur le fonctionnement logistique et diplomatique du plan.
Le projet a été élaboré en coordination avec le nouveau secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et présenté comme un compromis entre le soutien à l’Ukraine et les exigences internes du Parti républicain, dont l’aile radicale reste majoritairement opposée à toute implication prolongée dans ce conflit. En transférant la charge à l’Europe, Trump tente ainsi de tenir sa promesse électorale : forcer les alliés à payer davantage pour leur propre sécurité.
Mais sur le terrain, les discussions sont à peine entamées. Le véritable défi, affirment plusieurs diplomates européens et américains, est de savoir quels pays accepteront de céder leurs systèmes Patriot. Ces équipements, très coûteux et rares, sont essentiels pour la protection du territoire national et les capacités de l’OTAN. Des pays comme l’Allemagne, la Grèce, l’Espagne ou les Pays-Bas sont cités comme candidats potentiels, mais plusieurs d’entre eux ont déjà fait savoir qu’ils rechigneraient à s’en séparer.
Le mécanisme envisagé s’appuie sur une coordination via le centre de formation et d’assistance de l’OTAN pour l’Ukraine, basé en Allemagne. Il pourrait inclure des « échanges » : des pays offriraient du matériel à Kiev contre la promesse de rééquipement rapide ou d’un autre type de compensation militaire. Mais pour l’instant, ces options restent floues. « Comme toujours dans ce genre de choses, le diable est dans les détails », a résumé un ambassadeur européen à Washington.
Cette initiative s’inscrit dans un tournant rhétorique notable de Trump, dont la posture s’est durcie ces dernières semaines vis-à-vis de Moscou. Le président américain semble désormais convaincu que Vladimir Poutine n’a aucune intention réelle de négocier. Dans ce contexte, Trump a promis des actions concrètes : des livraisons d’armes, mais aussi la menace de nouveaux tarifs douaniers contre les acheteurs de pétrole russe.
Malgré cela, les Européens ne cachent pas leur agacement. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, a sèchement rappelé que si ce sont les États membres qui fournissent les armes, « il s’agit d’un soutien européen, pas américain ». Le flou entretenu par Trump sur le nombre réel de systèmes disponibles – mentionnant notamment un mystérieux « pays avec 17 Patriots » – a davantage semé la confusion que rassuré les partenaires.
Alors que Kiev espère recevoir entre 12 et 13 batteries Patriot, les délais annoncés repoussent leur arrivée à plusieurs mois, bien au-delà de la période estivale critique sur le plan militaire. Pour l’heure, le plan de Trump reste plus une opération de communication politique qu’un accord opérationnel. À l’OTAN comme à Kiev, on attend maintenant que les annonces soient traduites en actes.