Taïwan : Washington presse ses alliés de définir leur rôle en cas de guerre avec la Chine, selon le Financial Times
Taïwan : Washington presse ses alliés de définir leur rôle en cas de guerre avec la Chine, selon le Financial Times

Le Pentagone a récemment demandé au Japon et à l’Australie de clarifier leur position et leur rôle potentiel en cas de conflit armé entre les États-Unis et la Chine au sujet de Taïwan, rapporte samedi le Financial Times, citant plusieurs sources proches des discussions. Cette initiative américaine, portée par Elbridge Colby, sous-secrétaire à la Défense chargé de la politique, aurait pris Tokyo et Canberra de court, d’autant que Washington lui-même ne garantit pas une intervention automatique pour défendre Taïwan.

Colby, qui fut l’un des principaux architectes de la stratégie militaire américaine durant le premier mandat de Donald Trump, a réaffirmé sur le réseau X que le ministère de la Défense mettait en œuvre une politique « America First de bon sens », centrée sur la restauration de la dissuasion militaire. Ce programme inclut une pression accrue sur les alliés pour qu’ils augmentent leurs budgets de défense et renforcent leurs efforts dans le cadre d’une stratégie de défense collective.

La demande américaine intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Pékin et Taipei. La Chine considère Taïwan comme une province sécessionniste et n’exclut pas un recours à la force pour la « réunification ». À l’inverse, les autorités taïwanaises rejettent catégoriquement cette revendication, affirmant que seul le peuple taïwanais peut décider de son avenir. Entretemps, Taïwan continue de renforcer ses capacités militaires, en grande partie grâce aux livraisons d’armes en provenance des États-Unis.

Cette volonté de clarification de la part du Pentagone souligne l’inquiétude croissante de Washington quant à la préparation de ses partenaires dans l’Indo-Pacifique face à un scénario de guerre. Le flou persistant autour de l’engagement militaire des alliés, notamment de puissances régionales comme le Japon et l’Australie, pourrait fragiliser la posture de dissuasion américaine dans la zone.

Tokyo et Canberra, qui entretiennent des liens étroits avec Washington sur les plans stratégique et économique, n’ont pas encore officialisé de position claire sur une participation militaire directe en cas de conflit à Taïwan. Leur prudence s’explique en partie par l’absence de traité de défense formel liant Taïwan aux puissances occidentales, mais aussi par les risques de représailles politiques, économiques et militaires de la part de la Chine.

Cette demande américaine pourrait dès lors inaugurer une phase plus explicite de coordination stratégique au sein de l’alliance indo-pacifique, au moment où les États-Unis cherchent à solidifier leur réseau d’alliés dans la région face à la montée en puissance de Pékin. Reste à savoir si ces partenaires seront prêts à franchir le seuil d’un engagement militaire conditionnel, voire anticipé, dans l’un des points les plus sensibles de la géopolitique mondiale actuelle.

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