MOSCOU – Le Kremlin ne considère pas le Vatican comme un lieu sérieux ou neutre pour accueillir d’éventuelles négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine, ont affirmé à Reuters trois sources russes de haut rang, en écho à la proposition récemment évoquée par le président américain Donald Trump.
Le Vatican, siège de l’Église catholique et enclavé dans Rome, est vu à Moscou comme un environnement diplomatiquement et symboliquement inapproprié. Les sources invoquent notamment sa situation géographique, au cœur de l’Italie, membre de l’OTAN et de l’Union européenne, deux entités ayant imposé de lourdes sanctions contre la Russie depuis le début de la guerre en février 2022.
Selon l’une de ces sources, le Saint-Siège « n’est certainement pas perçu comme une force sérieuse capable de résoudre un conflit aussi complexe ». Le fait que la Russie et l’Ukraine soient des nations à majorité orthodoxe orientale joue également contre le Vatican, perçu comme un acteur extérieur au cadre religieux et culturel des deux belligérants.
Le président Trump a évoqué l’idée d’une médiation pontificale lors d’un récent appel avec Vladimir Poutine, saluant la possibilité que le pape Léon XIV, premier pape américain de l’histoire, organise des pourparlers de paix. Si la Première ministre italienne Giorgia Meloni a affirmé que le pontife s’était dit disposé à jouer ce rôle, le Vatican, de son côté, est resté silencieux sur cette initiative.
Pour les autorités russes, les obstacles sont aussi pratiques : de nombreux hauts responsables du Kremlin sont interdits de séjour en Union européenne, et les liaisons aériennes directes avec l’Italie sont suspendues. L’un des responsables russes interrogés a ironisé en déclarant que « le seul endroit moins approprié que le Vatican serait La Haye », siège de la Cour pénale internationale qui a émis un mandat d’arrêt contre Poutine pour crimes de guerre.
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a lui aussi exprimé des réserves, qualifiant l’idée de pourparlers au Vatican de « peu élégante », en insistant sur l’inadéquation religieuse et géopolitique du lieu. Il a réaffirmé que Moscou privilégierait d’éventuelles discussions dans des pays considérés comme plus neutres, citant la Turquie, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et Oman comme options préférées.
Face au blocage actuel du processus de paix, ces pays, notamment ceux du Golfe, ont été salués à plusieurs reprises par le président Poutine pour leurs efforts de médiation, bien que les perspectives d’une véritable avancée diplomatique restent à ce jour incertaines.