La Serbie promet une enquête conjointe avec Moscou sur les accusations de livraisons d’armes à l’Ukraine
La Serbie promet une enquête conjointe avec Moscou sur les accusations de livraisons d’armes à l’Ukraine

BELGRADE — Le président serbe Aleksandar Vučić a annoncé jeudi soir que son pays mènerait une enquête conjointe avec la Russie pour faire la lumière sur les accusations selon lesquelles des munitions fabriquées en Serbie auraient été livrées à l’Ukraine, à travers des circuits indirects impliquant des pays de l’OTAN. Cette annonce survient après une déclaration virulente du service de renseignement extérieur russe (SVR), accusant Belgrade de trahir son alliance traditionnelle avec Moscou.

Dans un communiqué publié jeudi, le SVR a qualifié ces ventes présumées d’armes de « coup de poignard dans le dos », accusant la Serbie d’alimenter l’effort de guerre ukrainien contre les forces russes. Selon le renseignement russe, les armes serbes auraient transité par la République tchèque, la Pologne, la Bulgarie, ainsi que certains pays africains.

Aleksandar Vučić a réagi publiquement lors d’un entretien télévisé avec la chaîne publique RTS, déclarant : « Certaines informations avancées sont fausses. Nous avons formé un groupe de travail avec nos partenaires russes pour établir les faits. » Il a également révélé avoir abordé la question avec Vladimir Poutine lors de sa récente visite à Moscou, le 9 mai.

Selon un document classifié du Pentagone ayant fuité en 2023, la Serbie aurait accepté de fournir des armes à Kiev malgré sa position officielle de neutralité militaire. Si Belgrade a condamné l’invasion russe aux Nations Unies et affirmé son soutien à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, elle a jusqu’ici refusé de se joindre aux sanctions occidentales contre Moscou.

Cette affaire place la Serbie dans une position délicate, tiraillée entre ses ambitions européennes et sa dépendance énergétique à l’égard de la Russie. Le pays compte environ 24 000 emplois directs dans son industrie de défense, qui fabrique des armements largement dérivés de la technologie soviétique — des équipements compatibles avec ceux utilisés actuellement sur le front ukrainien.

Bien que Vučić insiste sur la transparence de son gouvernement, cette enquête intervient dans un climat diplomatique tendu, où les gestes de Belgrade sont scrutés à la loupe par ses partenaires européens comme par le Kremlin. En parallèle, le président serbe a multiplié les contacts avec Volodymyr Zelensky, qu’il a rencontré au moins trois fois depuis le début du conflit, signe de son positionnement délicat entre deux mondes en guerre.

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