La Turquie a fait part de ses préoccupations concernant les récentes frappes israéliennes en Syrie directement aux autorités israéliennes, par l’intermédiaire de ses services de renseignement. C’est ce qu’a déclaré mercredi le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, lors d’une intervention relayée par les médias d’État turcs depuis New York. Cette démarche discrète illustre les tensions croissantes entre Ankara et Tel-Aviv dans un contexte régional déjà extrêmement instable.
Ankara, qui a multiplié les critiques virulentes contre les actions militaires israéliennes au Liban, en Iran, en Syrie et surtout à Gaza — qu’elle qualifie de « génocide » —, a suspendu en mai dernier tous ses échanges commerciaux avec Israël et rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv pour consultations. Toutefois, la Turquie continue de maintenir un canal de communication indirect avec l’État hébreu via ses services de renseignement, contournant ainsi la voie diplomatique officielle.
« Nous avons transmis notre propre point de vue sur la question aux Israéliens via notre agence de renseignement, à savoir que nous ne voulons pas d’instabilité ici », a affirmé Fidan, insistant sur les risques de déstabilisation que représentent ces frappes dans un Moyen-Orient déjà en proie aux conflits multiples. Il a également souligné que la reconstruction de la stabilité en Syrie ne pourrait se faire sans garantir la sécurité régionale, sous-entendant qu’une escalade des frappes israéliennes risquait de compromettre tout progrès vers une résolution du conflit syrien.
Le chef de la diplomatie turque a également indiqué être en contact étroit avec plusieurs acteurs internationaux, dont Tom Barrack, l’envoyé spécial des États-Unis pour la Syrie, ainsi que l’ambassadeur américain en Turquie. Il a par ailleurs eu des échanges téléphoniques avec ses homologues syrien, jordanien et saoudien, dans le but de coordonner les positions régionales face à l’évolution du conflit.
Cette prise de position s’inscrit dans la stratégie d’Ankara, qui cherche à renforcer son rôle de médiateur dans les crises du Moyen-Orient tout en affirmant une ligne dure face à Israël. Bien que les relations entre les deux pays aient connu des hauts et des bas au cours de la dernière décennie, le ton employé par la Turquie ces derniers mois marque une détérioration notable, accentuée par la guerre en cours à Gaza et les tensions persistantes autour de la présence militaire iranienne et du Hezbollah en Syrie.
Dans un contexte régional marqué par une recomposition des alliances et une compétition d’influence, la Turquie entend clairement faire entendre sa voix sur la scène diplomatique, tout en agissant prudemment pour éviter un affrontement direct avec Israël.