Kiev — Alors que les projecteurs étaient braqués sur les négociations avortées entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky en Turquie, la guerre en Ukraine continue sans répit. Depuis mars, la stratégie de Kyiv repose sur une équation délicate : démontrer à l’administration Trump que la Russie n’est pas un partenaire de paix fiable, tout en conservant le soutien crucial de ses alliés occidentaux.
Zelensky a récemment accepté une proposition de pourparlers directs soutenue par Washington, allant jusqu’à lancer un défi personnel à Poutine pour une rencontre en face-à-face à Istanbul. Mais ce geste a été ignoré par le président russe, reléguant les discussions à un niveau technique qui n’a débouché sur aucune avancée significative. Frustré par cette impasse, le président américain Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait appeler Poutine dans les jours à venir, affirmant : « Nous allons voir si nous pouvons résoudre cela, ou peut-être pas. »
Kiev cherche désespérément à garder les États-Unis de son côté. Depuis le début des pourparlers, Zelensky a multiplié les concessions, notamment en acceptant un cessez-le-feu de 30 jours et en signant un accord stratégique sur les minerais convoité par Trump. L’objectif : mettre en évidence l’intransigeance de Moscou pour espérer déclencher des sanctions économiques plus sévères, seule chance de modifier le rapport de force militaire en sa faveur.
Mais la Russie campe sur ses positions, réclamant des concessions jugées inacceptables par l’Ukraine, comme la neutralisation de son armée et l’abandon de son ambition d’adhésion à l’OTAN. En parallèle, le Kremlin cherche à retourner la narration en sa faveur, en proposant des trêves unilatérales tout en accusant Kyiv de saboter les efforts de paix.
Dans ce contexte, l’Ukraine a salué une proposition de loi du sénateur républicain Lindsey Graham visant à imposer des droits de douane de 500 % sur les importations d’énergie russe. Mais les sanctions susceptibles de frapper réellement le cœur de l’économie russe se font toujours attendre.
Sur le terrain, les forces ukrainiennes, épuisées par une guerre d’usure, redoutent une nouvelle offensive russe durant l’été. L’armée russe a intensifié ses opérations dans les régions de Donetsk, Zaporijjia et Kherson, et viserait désormais les frontières de la région de Dnipropetrovsk pour consolider ses gains. Face à une pénurie de munitions et d’effectifs, l’armée ukrainienne tente de tenir ses positions, en espérant que l’appui diplomatique et militaire occidental se traduira rapidement en renforts concrets.
« Soit nous tenons bon et permettons un gel du conflit, soit l’ennemi finira par percer », résume un soldat ukrainien dans la région de Soumy. Pendant que les dirigeants s’affrontent sur la scène géopolitique, les soldats continuent de se battre, jour après jour, dans un conflit dont l’issue reste profondément incertaine.