L’Organisation mondiale de la santé entre en zone de turbulence. Dans un discours prononcé mardi devant les États membres, son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a annoncé une vaste réorganisation de l’institution, accompagnée de licenciements massifs, conséquence directe du retrait financier des États-Unis. À compter de janvier 2026, l’agence onusienne devra combler un déficit estimé entre 560 et 650 millions de dollars, soit près d’un quart de ses coûts salariaux.
Trump coupe les vivres, l’OMS vacille
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche n’aura pas seulement bouleversé l’ordre commercial mondial : il redessine aussi les équilibres du système onusien. En refusant de verser les cotisations américaines pour 2024 et 2025, tout en gelant la quasi-totalité de l’aide étrangère, Washington prive l’OMS de son principal bailleur de fonds. Cette décision, annoncée dans la droite ligne du « America First », précipite l’organisation dans une crise budgétaire inédite.
Historiquement, les États-Unis ont toujours été le premier contributeur à l’OMS. Leur retrait laisse un vide que ni l’Union européenne, ni les autres pays du G7 ne semblent prêts à combler. Les coupes budgétaires américaines s’ajoutent à une réduction généralisée de l’aide publique au développement, notamment en Europe, accentuant la vulnérabilité financière de l’agence.
Face à cette situation critique, l’OMS prépare une restructuration d’ampleur. Le siège de Genève sera le plus durement touché. Le nombre de membres de la direction passera de 12 à 7, tandis que les départements seront réduits de 76 à 34. Un bouleversement sans précédent dans l’histoire récente de l’organisation. Si Tedros Adhanom Ghebreyesus se veut rassurant, affirmant que cette réorganisation ne signifie pas automatiquement 25 % de postes supprimés, les conséquences sociales seront inévitables.
L’annonce est d’autant plus symbolique qu’elle intervient dans un contexte de regain d’instabilité sanitaire mondiale, où l’OMS peine déjà à faire entendre sa voix entre querelles géopolitiques et dépendance financière chronique. La réduction drastique de ses moyens opérationnels risque d’affaiblir encore davantage sa capacité d’action.
Une ONU à bout de souffle ?
Au-delà du cas de l’OMS, c’est la viabilité du multilatéralisme onusien qui est posée. L’époque où les grandes puissances finançaient les institutions internationales semble révolue. Pour certains observateurs, cette crise pourrait accélérer un réalignement profond : recentrage des priorités, réduction des fonctions bureaucratiques, voire émergence d’alternatives plus régionales aux agences globales jugées trop politisées ou inefficaces.