« À cinq minutes d’une dictature à parti unique » - la dérive autoritaire de la Géorgie alarme l’Europe
« À cinq minutes d’une dictature à parti unique » - la dérive autoritaire de la Géorgie alarme l’Europe

En l’espace de quelques mois, la Géorgie est passée du statut de démocratie prometteuse en voie d’intégration européenne à celui d’un régime sur le fil du rasoir, aux portes de l’autoritarisme. L’ancien modèle du Caucase du Sud, salué pour sa vitalité politique, est aujourd’hui sous tension, avec une opposition muselée, des institutions paralysées et un pouvoir accusé de dérive autocratique.

Sur les huit principaux dirigeants des coalitions d’opposition présentes au Parlement en 2024, seuls un n’échappe pas aujourd’hui à la prison, à l’exil ou à des poursuites judiciaires. Trois des principaux partis d’opposition risquent d’être interdits par décision de justice, dans ce qui s’apparente à un basculement vers un régime de parti unique. « Nous sommes désormais à cinq minutes d’une dictature », alerte Sergi Kapanadze, ancien vice-président du Parlement.

Ce changement brutal inquiète particulièrement Bruxelles. Un rapport de l’Union européenne estime que la Géorgie n’est plus qu’« une candidate de nom » à l’adhésion, avec des institutions démocratiques jugées paralysées et une justice entièrement contrôlée par le pouvoir. Ce revirement marque la fin du consensus pro-européen qui avait dominé la scène politique géorgienne depuis la révolution des Roses en 2003.

Le parti au pouvoir, Rêve géorgien, dirigé de facto par le milliardaire Bidzina Ivanichvili, justifie ses actions en affirmant vouloir préserver la stabilité du pays face à une opposition accusée de vouloir provoquer une guerre avec la Russie. Un argument qui trouve écho auprès d’une partie de la population encore marquée par la guerre de 2008 contre Moscou.

Mais pour ses détracteurs, Ivanichvili est l’architecte d’une stratégie méthodique de contrôle de l’appareil d’État, accusé de resserrer ses liens économiques et politiques avec la Russie et la Chine, au détriment des ambitions européennes du pays. L’économie, en apparence dynamique (7 % de croissance prévue cette année), se tourne de plus en plus vers l’Est : près de la moitié du pétrole consommé en Géorgie provient désormais de Russie, contre 8 % en 2012.

Le projet de port stratégique en mer Noire, censé positionner la Géorgie comme un hub énergétique entre l’Asie et l’Europe, est quant à lui enlisée depuis l’éviction d’un consortium occidental au profit d’une entreprise chinoise.

La pression s’intensifie aussi au sein même du parti au pouvoir : des anciens ministres et alliés d’Ivanichvili font désormais face à des poursuites pénales. L’ancien président Mikheil Saakashvili, figure historique de l’opposition pro-européenne, reste emprisonné, tandis que des dizaines de manifestants antigouvernementaux sont détenus ou condamnés.

Pour Grigol Gegelia, du parti d’opposition Lelo, aujourd’hui menacé d’interdiction, la situation est claire : « La Géorgie a tout simplement disparu, non seulement de la scène européenne, mais aussi de la scène internationale. Nous sommes en train de perdre notre pays. »

Cette accélération autoritaire inquiète autant qu’elle sidère, dans un pays longtemps présenté comme un élève modèle de la démocratie post-soviétique. À quelques mois des prochaines élections, la question qui se pose désormais est de savoir s’il reste encore une chance d’inverser le cours des événements.

Que retenir rapidement ?

En l’espace de quelques mois, la Géorgie est passée du statut de démocratie prometteuse en voie d’intégration européenne à celui d’un régime sur le fil du

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