Par les robots et les drones... l’intelligence artificielle redessine les contours de la vie quotidienne en Chine
Par les robots et les drones... l’intelligence artificielle redessine les contours de la vie quotidienne en Chine

Dans les coins des jardins chinois et à travers les ruelles des marchés, une nouvelle génération de technologies émerge, qu’elle plane dans le ciel ou circule sur le sol, offrant un aperçu vivant de l’avenir que la Chine est en train de façonner avec force.

L’intelligence artificielle n’est plus seulement constituée de lignes de code invisibles, elle se matérialise désormais dans des machines qui marchent, cuisinent, surveillent et chantent – bienvenue à l’ère de « l’intelligence artificielle incarnée ».

Par un après-midi gris au parc Central de Shenzhen, un groupe d’adolescentes chantait de la pop sous un auvent en béton, lorsqu’un bourdonnement mécanique de drone a soudain perturbé l’atmosphère. Rien d’inhabituel : les livraisons de nourriture par drones sont devenues monnaie courante. L’un de ces drones, géré par la plateforme Meituan, visait l’un des plus de 40 casiers aériens où il a déposé avec précision une commande de nourriture, que seul le numéro de téléphone du client pouvait déverrouiller.

Bien que le repas ait été un peu froid, la rapidité de la livraison et le progrès technologique reflètent une orientation stratégique chinoise : élargir l’usage de l’IA dans tous les domaines de la vie, qu’ils soient civils ou militaires, dans le cadre d’un plan ambitieux visant à compenser la baisse de la main-d’œuvre et à renforcer la position du pays sur la scène mondiale.

Selon le journal The Guardian, pour faire face aux défis économiques et à la guerre commerciale persistante avec les États-Unis, Pékin cherche à s’ancrer dans des secteurs qu’elle considère comme stratégiques, au premier rang desquels figure l’intelligence artificielle. Les récentes déclarations du président Xi Jinping et les actions du Premier ministre Li Qiang confirment que le gouvernement mise de plus en plus sur l’économie numérique et sur « l’IA incarnée » pour stimuler la croissance et remonter le moral de la population.

La province du Guangdong, et en particulier Shenzhen, est devenue le centre de cette transformation. Avec un financement public dépassant les 60 millions de yuans, les centres d’innovation spécialisés dans les robots et les drones sont en plein essor, tandis que l’administration de l’aviation civile prévoit que ce secteur quintuplera de taille au cours de la prochaine décennie.

Et il ne s’agit pas seulement de machines volantes. Les robots humanoïdes font désormais partie du paysage quotidien. De la danse synchronisée des robots « Unitree » diffusée à la télévision nationale lors du festival du printemps, au tout premier semi-marathon réunissant des robots et des coureurs humains, la Chine présente au monde des démonstrations de son IA, preuve de sa confiance dans l’avenir.

Ce changement est également soutenu par des réussites locales. Le modèle « R1 » de la société chinoise DeepSeek a créé la surprise en début d’année : il a montré des performances comparables à celles des modèles américains les plus avancés, mais à moindre coût, et avec une technologie basée sur des puces moins sophistiquées.

Le modèle, lancé en open source, a facilité son adoption à grande échelle, notamment dans le domaine de la robotique.

Cet optimisme s’est propagé jusque dans les rues et les marchés. À Yiwu, un enfant joue avec un chien robotique pendant que sa mère marchande des produits de beauté. À Shanghai, une femme tire son panier connecté à un chien robot. À Pékin, les crêpes jianbing sont préparées par un bras robotisé dans un stand lors d’un forum économique. Dans les jardins de la capitale, des véhicules de surveillance autonomes dotés de caméras circulent.

Mais malgré ces avancées, les défis demeurent. Amber Zhang, directrice produit dans une entreprise de données en Chine, affirme : « Les robots n’ont pas encore complètement remplacé la main-d’œuvre humaine… il reste du chemin à faire. » Les taxis autonomes, par exemple, n’ont pas encore surmonté les contraintes géographiques et logistiques.

Li Shuhao, entrepreneur dans le marketing par IA, résume ce sentiment dominant :
« Les jours difficiles sont derrière nous… et dans un pays qui aspire à être un leader technologique, le cheval gagnant est désormais bien identifié : il s’appelle intelligence artificielle. »

Partager