En pleine guerre contre la Russie et alors que l’Ukraine espère une adhésion rapide à l’Union européenne, le président Volodymyr Zelensky vient de signer une loi qui suscite une onde de choc à Kiev comme à Bruxelles. Ce texte, voté à la majorité par le Parlement, subordonne les principales instances de lutte contre la corruption au procureur général, lui-même nommé par le chef de l’État. Une décision perçue par de nombreux observateurs comme un retour en arrière inquiétant pour un pays où les réformes anticorruption étaient présentées comme le socle de la nouvelle Ukraine post-Maïdan.
Les agences visées, le NABU (Bureau national anticorruption) et le SAPO (Parquet anticorruption), avaient été saluées pour leur efficacité croissante ces dernières années. Leur indépendance était un critère-clé des discussions avec l’Union européenne. En affaiblissant cette autonomie, le gouvernement envoie un signal troublant à ses partenaires occidentaux. La commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, a évoqué un « sérieux recul » et rappelé que l’État de droit reste un préalable indispensable à l’entrée dans l’UE. Même ton du côté du G7, dont les ambassadeurs à Kyiv se sont dits « préoccupés » par les récentes perquisitions menées contre le NABU et l’arrestation contestée de l’un de ses responsables.
Des manifestations inédites depuis 2022
Mardi soir, ils étaient plus d’un millier à descendre dans les rues de la capitale ukrainienne, brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « La corruption applaudit » ou encore « Veto la loi ». Une mobilisation rare depuis le début de l’invasion russe, qui illustre l’attachement profond des Ukrainiens à la transparence et à la justice. « C’est une folie », résume une manifestante. Même le maire de Kiev, Vitali Klitschko, était présent pour dénoncer une loi qui, selon les critiques, ramène le pays aux pratiques opaques du régime pro-russe de Viktor Ianoukovitch.
Volodymyr Zelensky, dans son allocution nocturne, a justifié la réforme en invoquant la nécessité d’écarter « toute influence russe » des institutions. Mais pour les militants anticorruption et une partie de la société civile, cette rhétorique ne masque pas une volonté croissante du pouvoir de reprendre la main sur les enquêtes sensibles. Plusieurs sources évoquent des investigations en cours contre d’ex-ministres proches du pouvoir, et dénoncent un climat de pression politique grandissant. En s’en prenant à l’indépendance des organes anticorruption, Zelensky prend le risque de fragiliser non seulement la confiance des citoyens ukrainiens, mais aussi celle des alliés qui continuent de financer l’effort de guerre.