L’armée américaine prévoit de modifier les dossiers administratifs de ses soldats transgenres pour qu’ils reflètent exclusivement leur sexe à la naissance, selon des directives internes révélées mercredi par Reuters. Ce changement marque une nouvelle étape dans la politique menée par l’administration Trump pour restreindre la présence des personnes transgenres dans les forces armées.
Dans un mémo interne de 14 pages consulté par Reuters, l’armée précise que « les commandants prendront des mesures immédiates pour mettre à jour les dossiers du personnel et les systèmes administratifs afin de refléter le sexe biologique de tous les individus ». Ce document, qui suit une note du Pentagone datée du 26 février, affirme que le sexe est considéré comme « immuable au cours de la vie d’une personne ».
Ces directives interviennent quelques semaines après une décision de la Cour suprême ouvrant la voie à l’interdiction du service militaire pour les personnes transgenres. Le Pentagone envisage d’expulser tous les soldats concernés qui ne démissionneraient pas d’ici le 6 juin, tout en supprimant l’accès aux soins de santé liés à la transition de genre, selon des révélations antérieures de Reuters.
Outre la modification des dossiers, les nouvelles règles imposent que les pronoms employés pour désigner les militaires soient conformes à leur sexe de naissance. L’utilisation des titres militaires comme « monsieur » ou « madame » devra également être alignée sur ce critère. De plus, l’accès aux « espaces intimes », tels que les vestiaires ou les dortoirs, sera déterminé par le sexe de naissance et ces zones devront être clairement désignées comme « masculines », « féminines » ou « familiales ».
L’armée américaine compte actuellement au moins 4 240 militaires transgenres en service actif et dans la Garde nationale, un chiffre probablement sous-estimé selon les défenseurs des droits. Jennifer Levi, directrice du groupe juridique LGBTQ GLAD Law, a dénoncé des directives « vindicatives et agressives », et a souligné que leur application chaotique nuit à la préparation militaire.
Donald Trump, revenu au pouvoir en janvier, a signé dès le début de son mandat un décret annulant la politique de son prédécesseur Joe Biden, qui autorisait le service militaire ouvert aux personnes transgenres. Ce durcissement intervient dans un climat politique polarisé, où les débats sur les « guerres culturelles » prennent une place centrale dans l’agenda de l’exécutif.
Selon un sondage Gallup de février, 58 % des Américains soutiennent encore le droit des personnes transgenres à servir ouvertement dans l’armée — un soutien en baisse par rapport à 71 % en 2019.