Alors que l’affaire des eaux en bouteille traitées illégalement secoue l’opinion, un nouvel épisode met directement en cause les plus hautes sphères de l’État. Selon le rapporteur de la commission d’enquête sénatoriale, l’Élysée était informé depuis au moins 2022 des pratiques douteuses de Nestlé Waters, qui continuait à masquer la pollution de ses eaux minérales grâce à des procédés de filtration controversés. L’absence du secrétaire général Alexis Kohler, pourtant convoqué pour s’expliquer, a été vécue comme un affront par les sénateurs, qui ont décidé de publier l’intégralité des échanges entre l’exécutif et la multinationale.
Des courriels révélateurs, une présence virale dissimulée
Les documents rendus publics montrent des contacts fréquents et structurés entre l’Élysée et Nestlé, notamment autour de la qualité des eaux de marques comme Vittel, Contrex ou Hépar. Une rencontre dès juillet 2022 entre Kohler et le PDG de Nestlé évoquait déjà l’usage massif de filtrations destinées à masquer les contaminations. D’autres échanges, parfois à la veille de révélations médiatiques sensibles, montrent une certaine proximité entre le cabinet présidentiel et les équipes de lobbying de Nestlé, allant jusqu’à la mise en forme de réponses à fournir à la presse. Au cœur des interrogations, un mail de décembre 2024 évoque explicitement une forte concentration de virus dans l’eau de Perrier, que les systèmes de filtration utilisés seraient incapables de neutraliser. D’autres notes internes à l’Élysée font état d’une inefficacité des filtres sur ces agents pathogènes, contredisant les affirmations publiques de Nestlé sur la pureté de son eau.
Nestlé dément, le Sénat se cabre
Le groupe, pris en étau, maintient qu’aucune contamination virale n’a jamais été confirmée, malgré des milliers de tests réalisés sur dix ans. Une version contredite par les courriels internes de l’État et les observations de la commission. Face à l’attitude jugée dilatoire de l’exécutif, les sénateurs s’apprêtent à porter l’affaire devant le Parlement pour renforcer les pouvoirs de contrôle des commissions d’enquête. Le scandale prend ainsi une tournure politique explosive, révélant un possible favoritisme au sommet de l’État envers un industriel pourtant sous le feu des critiques sanitaires.