En Pologne, l’accueil chaleureux des réfugiés ukrainiens cède la place à la lassitude et aux tensions
En Pologne, l’accueil chaleureux des réfugiés ukrainiens cède la place à la lassitude et aux tensions

Trois ans après avoir ouvert grand ses portes à des millions de réfugiés ukrainiens fuyant l’invasion russe, la Pologne voit son enthousiasme initial se transformer en fatigue palpable, alimentée par les discours politiques et l’approche des élections présidentielles.

En 2022, des scènes de solidarité exceptionnelle avaient marqué le monde : des drapeaux ukrainiens accrochés aux fenêtres, des bénévoles affluant à la frontière avec des vivres, des familles polonaises accueillant des inconnus chez elles. La Pologne était alors devenue un modèle de soutien humanitaire, hébergeant aujourd’hui près d’un million de réfugiés ukrainiens, sur un total estimé à deux millions d’Ukrainiens vivant dans le pays.

Mais à l’approche du scrutin du 18 mai, suivi d’un second tour le 1er juin, le ton change. Plusieurs candidats, y compris certains modérés, misent désormais sur une ligne plus ferme vis-à-vis des réfugiés pour séduire un électorat gagné par le ressentiment. Selon un sondage du Centre de recherche sur l’opinion publique, le soutien à l’aide aux Ukrainiens est passé de 94 % en février 2022 à 57 % en décembre 2024.

Karol Nawrocki, candidat conservateur soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), incarne cette évolution. Bien qu’héritier d’une politique d’accueil menée par le président Duda en 2022, il adopte aujourd’hui une posture nationaliste : priorité aux Polonais pour l’accès aux soins et aux écoles, critiques envers la supposée « ingratitude » de Kiev, et rhétorique rappelant celle de Donald Trump, qu’il a rencontré récemment.

À l’extrême droite, le discours est encore plus radical. Sławomir Mentzen, chef du parti Confédération, accuse les Ukrainiens de faire grimper les prix de l’immobilier et de surcharger les services publics. En avril, des partisans d’un autre candidat d’extrême droite ont même décroché un drapeau ukrainien de l’hôtel de ville de Biała Podlaska.

Même le centre s’adapte. Rafał Trzaskowski, maire de Varsovie, a proposé que seules les familles ukrainiennes travaillant et payant des impôts aient droit aux allocations familiales. Une mesure critiquée par les défenseurs des réfugiés comme une concession à la pression de l’extrême droite.

Face aux accusations, l’ambassadeur ukrainien Vasyl Bodnar défend la contribution de ses compatriotes : 70 000 entreprises ukrainiennes actives, une majorité de réfugiés intégrés sur le marché du travail, et seulement 35 000 personnes recevant une aide sans travailler.

Des tensions, parfois palpables, émergent dans la vie quotidienne. Kateryna, une Ukrainienne installée de longue date en Pologne, raconte les insultes reçues dans la rue, inimaginables en 2022. Si les incidents restent rares, ils traduisent un climat moins bienveillant. Pour elle, comme pour beaucoup, ce recul de la solidarité profite à Moscou : « Nous devons rester unis. »

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