Le 1er juin 195 avant notre ère, l’empereur Gaozu, de son vrai nom Liu Bang, meurt dans son palais de Chang’an, l’actuelle Xi’an, dans la province du Shaanxi. Il n’a pas encore soixante ans. Quelques semaines plus tôt, il avait été blessé par une flèche lors d’une campagne militaire contre un ancien allié rebelle, le prince Ying Bu. Ses blessures l’ont emporté. Avec lui disparaît l’un des personnages les plus extraordinaires de l’histoire chinoise : un fils de paysans, buveur et bagarreur dans sa jeunesse, devenu par la seule force de sa volonté et de son intelligence le fondateur de la plus durable des grandes dynasties impériales chinoises. Deux mille ans après sa mort, les Chinois se désignent encore eux-mêmes sous le nom de « Han » — son nom, devenu le leur.
D’un village du Jiangsu au trône de Chine
Liu Bang est né dans une famille paysanne du comté de Pei, dans l’actuelle province du Jiangsu. Troisième fils d’une fratrie sans fortune, il passe sa jeunesse à traîner, boire et se battre, au désespoir de son père. Un poste de chef de patrouille le tire de l’obscurité, jusqu’au jour où, chargé d’escorter un convoi de forçats, il les voit s’échapper pendant qu’il dort, ivre. Plutôt que d’affronter la punition qui l’attend, il libère les prisonniers restants et prend le maquis avec eux. C’est le début d’une aventure qui le mènera au sommet de l’empire. En 209 avant notre ère, la mort du Premier Empereur Qin Shi Huangdi plonge la Chine dans le chaos. Liu Bang rejoint la rébellion qui embrase le pays, gravit rapidement les échelons militaires et politiques, et entre en rivalité ouverte avec le général Xiang Yu, figure noble et guerrière que la tradition opposera toujours à son rival rusé et populaire. Après cinq ans de guerre acharnée entre leurs deux camps, Liu Bang remporte la victoire finale en 202 avant notre ère, par une ruse : il n’avait jamais eu l’intention de respecter le traité qu’il venait de signer avec Xiang Yu et l’attaqua par surprise. Vaincu, Xiang Yu se suicida. Liu Bang proclama la dynastie Han et établit sa capitale à Chang’an.
Un empire bâti pour durer quatre siècles
Devenu l’empereur Gaozu, Liu Bang gouverne avec un pragmatisme rare. Conscient que le pays est épuisé par des années de guerre civile, il réduit les taxes et les corvées, libère ceux qui s’étaient vendus en servage pour survivre et encourage l’agriculture. S’il n’a guère de respect naturel pour les lettrés confucéens, il est assez habile pour les associer à son gouvernement, l’un de ses conseillers lui rappelant que « si l’empire se conquiert à cheval, il est impossible de le gouverner à cheval ». Il fait réformer le code des lois hérité des Qin et consolide progressivement son pouvoir en remplaçant les princes vassaux par des membres de son propre clan. Sur ses frontières nord, il doit faire face aux redoutables cavaliers Xiongnu, contre lesquels la voie militaire seule s’avère insuffisante : il inaugure une politique d’alliances matrimoniales qui perdurera tout au long de la dynastie. L’empire des Han survivra à son fondateur presque sans interruption pendant quatre siècles, jusqu’en 220 de notre ère — l’une des plus longues et des plus fécondes dynasties de l’histoire humaine. À la même époque, dans le bassin méditerranéen, Rome écrasait Carthage et bâtissait son propre empire universel : deux civilisations au sommet de leur puissance, aux deux extrémités de l’Eurasie, sans jamais se connaître.
Communauté
Commentaires
Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.
Soyez le premier à commenter cet article.