Russie et Ukraine annoncent un important échange de prisonniers, le plus vaste depuis le début de la guerre
Russie et Ukraine annoncent un important échange de prisonniers, le plus vaste depuis le début de la guerre

Dans une rare démonstration de coopération, la Russie et l’Ukraine ont lancé vendredi un vaste échange de prisonniers, le plus important depuis le début du conflit il y a plus de trois ans. Selon les deux pays, des centaines de soldats et de civils ont été libérés lors de cette première phase, dans un contexte toujours marqué par l’échec des tentatives de cessez-le-feu.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a confirmé que 390 Ukrainiens, militaires et civils, avaient été rapatriés, et d’autres libérations sont attendues dans les prochains jours. Moscou a annoncé un nombre équivalent de ressortissants russes récupérés. « Il est très important de ramener tout le monde à la maison », a déclaré Zelensky sur Telegram, remerciant les diplomates et les négociateurs pour leurs efforts.

L’échange s’est déroulé à la frontière entre la Biélorussie et l’Ukraine, selon un responsable ukrainien resté anonyme car non autorisé à s’exprimer publiquement. Les prisonniers russes ont été transportés vers la Biélorussie pour y recevoir des soins médicaux, a précisé le ministère russe de la Défense.

Cet échange découle d’un accord conclu à Istanbul la semaine dernière, lors de discussions directes entre Kyiv et Moscou – les premières depuis les premiers mois de l’invasion russe de février 2022. Si la rencontre n’a duré que deux heures et n’a abouti à aucun accord global, elle a permis de lancer ce geste qualifié de « mesure de confiance » par le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan.

Sur le terrain pourtant, les combats se poursuivent. La Russie a lancé deux missiles balistiques sur la ville portuaire d’Odessa dans le sud de l’Ukraine, tuant un travailleur et en blessant huit autres, dont quatre grièvement. Il s’agit de la première attaque signalée sur le port depuis le 11 mars. Les affrontements le long des 1 000 kilomètres de front restent intenses, avec des pertes humaines élevées des deux côtés.

À l’arrivée des bus transportant les prisonniers libérés, des proches attendaient fébrilement des nouvelles. Svitlana Kuskova, 49 ans, brandissait une photo de son mari disparu depuis un an. Olessia Dyadushkin, 37 ans, espérait encore retrouver son mari Valentin, porté disparu depuis juillet 2024. « Notre fille de quatre ans me demande souvent où est papa », a-t-elle confié en pleurs.

La nouvelle de l’échange a également été relayée par le président américain Donald Trump, qui a salué sur Truth Social une opération susceptible, selon lui, de « mener à quelque chose de grand ??? » — laissant entrevoir un espoir, encore ténu, de relance diplomatique.

Mais aucun nouveau cycle de discussions n’est prévu. Le Kremlin a indiqué qu’aucun lieu n’avait encore été retenu pour un prochain round de pourparlers, malgré la promesse d’un retour à la table des négociations. Selon Kyiv, la Russie aurait présenté à Istanbul de nouvelles conditions jugées inacceptables, comme le retrait ukrainien de larges portions de territoire actuellement contestées.

Depuis le début du conflit, Vladimir Poutine exige que l’Ukraine se retire des quatre régions que la Russie a revendiquées en septembre 2022, sans jamais en prendre le contrôle total. Zelensky a de son côté averti que la poursuite de telles exigences irréalistes révélerait une volonté délibérée de prolonger le conflit, ce qui, selon lui, devrait entraîner de nouvelles sanctions internationales.

Dans les dernières 72 heures, la Russie affirme avoir abattu 788 drones ukrainiens hors du champ de bataille. L’Ukraine, de son côté, rapporte que la Russie a lancé 175 drones de type Shahed et des leurres, ainsi qu’un missile balistique, dans la nuit de jeudi à vendredi.

Si l’échange massif de prisonniers redonne une lueur d’espoir, il reste entouré d’incertitudes majeures. Le geste pourrait certes servir de point de départ à un nouveau dialogue, mais les conditions sur le terrain et les postures des deux camps laissent peu entrevoir de solution rapide à une guerre qui a déjà coûté des dizaines de milliers de vies.

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