Sous la carcasse noircie d’une centrale thermique lourdement bombardée, les équipes ukrainiennes de l’énergie répètent inlassablement la même course contre la montre : réparer, sécuriser, relancer avant la prochaine attaque. À l’entrée du quatrième hiver de guerre, la Russie intensifie encore sa campagne contre les infrastructures électriques et gazières, forçant les techniciens à intervenir dans des conditions extrêmes.
Oleksandr, directeur de production de 53 ans, observe les poutres tordues et les câbles calcinés suspendus dans le vide. L’usine – dont la localisation reste secrète pour des raisons de sécurité – a été la cible de ce que ses employés décrivent comme la frappe la plus violente à ce jour. « Nous aurions pu nous passer de cette expérience dans une profession civile, mais nous avons été contraints de l’acquérir », confie-t-il.
À l’intérieur, l’odeur tenace du métal brûlé rappelle l’attaque de drones et de missiles qui a frappé l’installation. À l’extérieur, un ouvrier transporte un morceau déformé d’un drone russe, tandis que des équipes de soudeurs s’activent pour colmater les dégâts. Ces scènes sont devenues familières dans un secteur soumis à des bombardements méthodiques destinés à plonger l’Ukraine dans le froid et l’obscurité.
La dernière vague de frappes a tué au moins huit personnes à Kiev et dans la région d’Odessa. Selon le président Volodymyr Zelensky, elle aurait impliqué environ 430 drones et 18 missiles, signe d’une escalade qui fait craindre un hiver particulièrement éprouvant.
Malgré la pression, les équipes tentent de préserver un semblant de normalité. Volodymyr, chef d’équipe de 53 ans, raconte comment l’humour noir aide parfois à tenir. Le moral reste fragile, mais la solidarité joue un rôle clé. Derrière lui, un chat noir et blanc – mascotte improvisée, ayant miraculeusement survécu à plusieurs attaques – traverse une pile de sacs de sable. « Elle a sa propre voie d’évacuation », plaisante-t-il.
Au-delà de l’urgence visible, un autre combat se joue : empêcher le gel de l’immense réseau de tuyauterie qui alimente l’installation. « À chaque fois, nous faisons ce travail plus rapidement, nous reconstruisons et nous trouvons de nouvelles méthodes pour survivre », résume Oleksandr.
Dans toute l’Ukraine, les travailleurs de l’énergie se retrouvent au front d’une bataille silencieuse mais cruciale : maintenir en vie un système énergétique que Moscou tente d’asphyxier. Leur résistance quotidienne est devenue essentielle au maintien du pays, alors que l’hiver s’installe et que les frappes se rapprochent encore.