Saad Sherida al‑Kaabi, directeur général de QatarEnergy, a annoncé que la compagnie publique qatarie avait décidé de suspendre la production de gaz naturel liquéfié après des attaques par drones de l’Armée de la République islamique d’Iran visant des installations essentielles de l’infrastructure énergétique du pays. Des frappes multiples dans la région ont perturbé plusieurs plateformes et que Doha a jugé nécessaire d’arrêter temporairement ses opérations pour des raisons de sécurité et d’évaluation des dommages.
Selon le ministère de la Défense du Qatar, deux drones iraniens ont ciblé des installations énergétiques, dont des centrales électriques et des complexes de traitement du gaz situés dans les zones industrielles de Ras Laffan et de Mesaieed. Dans un communiqué officiel, Saad Sherida al‑Kaabi a indiqué que ces attaques militaires avaient obligé QatarEnergy à arrêter la production de GNL et de produits dérivés, mettant en pause une part importante de l’offre énergétique mondiale.
Des répercussions immédiates
La suspension de la production de GNL par Doha a eu des répercussions immédiates sur les marchés européens de l’énergie. Les prix du gaz naturel de référence en Europe, notamment les contrats à terme du TTF néerlandais, ont connu une hausse significative, certains indices des prix affichant des hausses de près de 48% lundi après l’annonce faite par QatarEnergy. Cette envolée des cours reflète l’anticipation d’un resserrement de l’offre mondiale en GNL à un moment où les marchés restent sensibles aux perturbations liées à la crise actuelle.
Le rôle du Qatar dans l’approvisionnement énergétique mondial est crucial. L’émirat est l’un des principaux producteurs et exportateurs de GNL, représentant une part significative des volumes mondiaux, avec des exportations qui atteignent des dizaines de millions de tonnes chaque année. Selon des données sur le marché du GNL, Doha exportait en 2025 plus de 82 millions de tonnes, une part considérable étant destinée à l’Asie mais également à l’Europe, qui dépend du GNL pour compenser la réduction des flux de gaz via les gazoducs russes.
La géographie stratégique du détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe Persique à l’océan Indien, accentue la vulnérabilité des approvisionnements énergétiques mondiaux. Une part significative du GNL et du pétrole brut exportés par les pays du Golfe transite par ce passage. Les experts soulignent que toute interruption prolongée des flux maritimes dans cette zone critique pourrait amplifier encore davantage les perturbations sur les marchés européens et asiatiques.
Les prix du gaz en Europe restent encore en‑dessous des sommets observés lors de crises passées
Malgré l’ampleur de ces perturbations, les prix du gaz en Europe restent encore bien en‑dessous des sommets extrêmes observés lors de crises passées, comme celle de 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Toutefois, la hausse rapide observée actuellement alerte les marchés sur les risques possibles d’une pénurie temporaire si la production qatarie devait rester interrompue pendant une période prolongée.
Le Qatar, en tant que deuxième exportateur mondial de GNL après les États‑Unis et aux côtés d’autres grands producteurs comme l’Australie et la Russie, joue un rôle essentiel dans l’équilibre du marché mondial de l’énergie. L’État du Golfe détient avec l’Iran le gisement de gaz naturel de North Field, considéré comme le plus grand au monde, qui renferme une part importante des réserves connues de gaz naturel. Cette ressource a été développée via des partenariats internationaux et de nombreux accords de fourniture à long terme avec des compagnies énergétiques européennes et asiatiques.
Les conséquences économiques de ces événements se font déjà sentir sur les marchés internationaux, et de nombreux analystes surveillent de près l’évolution de la situation, afin de connaître l’impact potentiel sur les factures des ménages européens si les prix du gaz restent élevés ou augmentent davantage.