Des soldats israéliens et d’anciens détenus dénoncent l’usage systématique de boucliers humains à Gaza
Des soldats israéliens et d’anciens détenus dénoncent l’usage systématique de boucliers humains à Gaza

L’armée israélienne aurait eu recours de manière systématique à l’utilisation de civils palestiniens comme boucliers humains dans la bande de Gaza, selon des témoignages recueillis par l’Associated Press auprès de plusieurs anciens détenus et soldats israéliens. Une pratique interdite par le droit international, mais qui se serait largement banalisée au cours des 19 mois de guerre entre Israël et le Hamas.

Ayman Abu Hamadan, un Palestinien de 36 ans, affirme avoir été contraint de porter un uniforme militaire et une caméra, et d’être envoyé en première ligne pour fouiller des maisons et repérer d’éventuels explosifs ou combattants. Détenu durant plus de deux semaines en août 2024, il raconte avoir été frappé et menacé de mort s’il refusait de coopérer. « Ils m’ont dit : « Tu n’as pas le choix, fais-le ou on te tue. » »

Des soldats israéliens, dont certains ont accepté de témoigner sous anonymat, confirment que cette pratique s’est largement répandue, avec des ordres venus de la hiérarchie. L’un d’eux évoque même un « protocole moustique », dans lequel les civils palestiniens étaient appelés « guêpes », et utilisés pour sécuriser les bâtiments avant que les troupes n’y entrent.

L’armée israélienne, sollicitée par l’AP, affirme interdire strictement l’usage de civils dans des opérations militaires, tout en reconnaissant avoir ouvert des enquêtes sur plusieurs cas. Elle n’a cependant pas précisé l’ampleur du phénomène ni répondu aux questions sur d’éventuels ordres donnés par les officiers.

L’organisation israélienne Breaking the Silence, composée d’anciens soldats, affirme que ces témoignages révèlent « un effondrement moral alarmant ». « Israël condamne à juste titre le Hamas pour l’usage de boucliers humains, mais nos propres soldats disent faire la même chose », déplore son directeur, Nadav Weiman.

Le phénomène aurait pris de l’ampleur après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Des soldats racontent que les ordres de « ramener un moustique » circulaient par radio. Selon un officier, chaque unité d’infanterie en est venue à utiliser des civils pour sécuriser les habitations. Un rapport interne aurait même évoqué la mort accidentelle d’un civil utilisé comme bouclier et abattu par une autre unité.

Dans certains cas, des civils rencontrés sur le terrain étaient même des membres de la même famille utilisés par différentes unités. Masoud Abu Saeed, de Khan Younès, dit avoir été contraint de fouiller des maisons et des hôpitaux pendant deux semaines. « J’ai dit que j’avais des enfants, que c’était dangereux. On m’a ignoré », raconte-t-il.

Au-delà de Gaza, des cas similaires auraient été signalés en Cisjordanie occupée. À Jénine, Hazar Estity affirme avoir été utilisée pour filmer l’intérieur d’appartements avant l’entrée des troupes, alors qu’elle suppliait de pouvoir retrouver son enfant en bas âge.

Ces révélations surviennent alors que les autorités israéliennes accusent régulièrement le Hamas de se cacher derrière des civils, notamment dans des écoles et des hôpitaux. Mais selon des experts en droit international, cela ne justifie en rien le recours à des méthodes similaires.

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