Colombie : les drones transforment le visage du conflit armé
Colombie : les drones transforment le visage du conflit armé

En Colombie, les drones sont devenus un nouvel outil de guerre redoutable entre les mains des groupes armés. Depuis 2024, leur usage offensif s’est intensifié, avec des engins utilisés pour larguer des explosifs sur les forces de sécurité ou des factions rivales. Ce tournant technologique, relativement récent mais déjà meurtrier, expose également les civils à une menace imprévisible, contre laquelle les autorités colombiennes peinent à répondre efficacement.

Dans le département du Catatumbo, frontalier du Venezuela, les affrontements entre la guérilla de l’Armée de libération nationale (ELN) et des dissidents des FARC s’accompagnent désormais d’attaques aériennes artisanales. Les groupes armés y utilisent des drones commerciaux, souvent modifiés, pour larguer des projectiles, comme le montre une vidéo diffusée en mars 2025. Ce recours à l’aviation de fortune est un symptôme des mutations d’un conflit qui dure depuis plus de soixante ans.

Si les premiers cas d’usage de drones armés remontent à 2018, leur généralisation ne date que de ces deux dernières années. Des attaques ont été recensées dans plusieurs régions, notamment dans les zones de culture de coca, où les groupes armés se disputent le contrôle du narcotrafic. Selon une estimation établie par des journalistes et des sources militaires, au moins six personnes ont été tuées – dont trois civils – entre janvier 2024 et mai 2025, et près d’une centaine blessées.

Pour les civils, les drones représentent un danger inédit. Contrairement aux mines antipersonnel, souvent signalées, ou aux échanges de tirs, leur attaque est invisible et imprévisible. « On ne les entend pas, on ne les voit pas. Quand on s’en rend compte, ils sont déjà au-dessus de nous », témoigne un habitant du Catatumbo. Les drones ont détruit des maisons, causé des morts, et provoqué des déplacements forcés.

Malgré l’ampleur croissante de la menace, la réponse de l’État reste limitée. Quelques rares systèmes antidrone ont été achetés par certaines collectivités locales, mais l’armée et la police sont encore mal équipées. Un contrat de 25 millions de dollars a été signé en juin pour des équipements américains, mais leur livraison se fait attendre. Les experts dénoncent un manque de préparation face à une technologie accessible, peu coûteuse et difficile à contrer.

La crainte est désormais que les groupes armés passent à l’étape suivante, en se dotant de drones FPV – plus précis, rapides et destructeurs. Ces appareils, déjà omniprésents sur les champs de bataille en Ukraine, pourraient bouleverser encore davantage l’équilibre des forces. Et face à cette évolution, l’État colombien risque de nouveau d’être un temps en retard.

Partager