Alors que l’armée russe intensifie son avance dans le nord-est de l’Ukraine, les habitants de Soumy, ville proche de la frontière russe, sont confrontés à un dilemme de plus en plus pressant : fuir ou rester. Située à seulement 25 kilomètres de la Russie, la ville de 250 000 habitants, relativement épargnée depuis le début de l’invasion, se retrouve de nouveau dans la ligne de mire.
Vladyslav Solomko, professeur de français âgé de 29 ans, tente en vain de convaincre ses parents de quitter leur domicile. « Je n’arrête pas de leur demander de partir », confie-t-il, inquiet, devant un abri anti-aérien en béton récemment installé dans une rue de Soumy. Les frappes de drones et de missiles russes se sont multipliées, signe d’un changement brutal dans la dynamique militaire. « Si la situation empire, il n’y a pas de discussion : nous devrons partir. »
Soumy avait été brièvement encerclée en 2022, lors des premiers jours de l’invasion russe à grande échelle, avant que les troupes de Moscou ne se retirent. Depuis, elle avait été relativement épargnée par les combats, les affrontements s’étant concentrés plus au sud et à l’est du pays. Mais ce calme précaire s’est effondré début juin, avec la reprise d’une offensive terrestre russe à travers la frontière.
Le 3 juin, une roquette russe à courte portée s’est abattue en plein centre-ville, tuant quatre personnes et en blessant près de 30. Depuis, les habitants des villages frontaliers ont été évacués vers Soumy, où des bâtiments publics servent désormais d’abris pour les déplacés.
Pour Olha Kalchenko, jeune mère en congé maternité, la peur est omniprésente. En promenant sa fille de sept mois, elle confie : « Oui, nous pensons à partir, mais nous n’avons nulle part où aller, alors nous restons ici. » Comme beaucoup, elle garde un œil sur l’évolution de la situation : « Tant qu’ils sont encore un peu loin, on peut vivre ici. Mais s’ils se rapprochent, on commencera à réfléchir et à planifier notre départ. »
À l’inverse, Sergiy Petrakov, retraité de 63 ans, n’a aucune intention de fuir. Il affirme faire confiance à l’armée ukrainienne et se dit prêt à soutenir l’effort de défense en cas d’assaut direct : « Nous vaincrons, je pense. » Un espoir tenace dans une ville désormais à portée de l’artillerie russe et sous la menace croissante d’un nouvel encerclement.