C’est un pan du patrimoine industriel normand qui s’apprête à disparaître. À Saint-Pierre-en-Auge, dans le Calvados, la célèbre usine de fabrication de boîtes à camembert fermera définitivement ses portes au printemps prochain. Le groupe Lactalis, propriétaire du site, s’est engagé à reclasser les 104 salariés concernés, mais les syndicats jugent les conditions proposées inacceptables.
Un plan de sauvegarde contesté
Pour de nombreux employés, le plan social est insuffisant et inadapté à leur situation. Certains, comme Mickaël Betzel, délégué FO, rappellent que plusieurs salariés n’ont pas de permis de conduire, ce qui complique tout reclassement à distance. D’autres dénoncent le montant dérisoire des indemnités prévues. Christophe Lemoigne, agent de maintenance depuis vingt-cinq ans, ne toucherait que cinq mois de salaire brut. Il dit son amertume face à une entreprise à laquelle il a consacré une grande partie de sa vie, souvent au détriment de ses nuits et de sa santé.
Une perte pour toute une commune
L’usine, qui produisait les boîtes en bois emblématiques du camembert normand, avait déjà traversé des turbulences. Mise en liquidation en 2010, elle avait été reprise l’année suivante par Lactalis, qui y avait investi 25 millions d’euros. Mais selon le groupe, la perte de compétitivité restait trop forte face à la concurrence et aux coûts de production. Le maire de Saint-Pierre-en-Auge, Jacky Marie, redoute désormais les conséquences sociales et économiques de cette fermeture. L’entreprise est le deuxième employeur de la commune et son départ pourrait accélérer la perte d’habitants. La production sera transférée dans une usine de l’Orne, mais la municipalité craint un vide difficile à combler. Lactalis affirme être en recherche active d’un repreneur, sans toutefois donner de garantie sur l’avenir du site.