Les usagers et élus des lignes ferroviaires Intercités Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT) et Paris-Clermont-Ferrand ont décidé de se faire entendre ce mardi, embarquant à bord de deux « trains de la colère » en direction de la capitale. Ces lignes, jugées « sinistrées », transportent des millions de voyageurs chaque année, mais subissent un sous-investissement chronique. Les organisateurs de la manifestation, dont Jean-Noël Boisseleau, vice-président de l’association Urgence Ligne POLT, pointent du doigt un manque d’entretien flagrant depuis le lancement du TGV en 1981, et réclament des investissements conséquents pour moderniser ces infrastructures vieillissantes. Leur mobilisation vise à exiger des financements accrus pour rénover les rails, les caténaires et les locomotives, et ainsi améliorer la qualité de service.
Les usagers des deux lignes expriment leur frustration face à la multiplication des retards, des suppressions de trains et des pannes techniques. En 2024, un train sur cinq sur la ligne Paris-Clermont affichait un retard de plus de cinq minutes, et des pannes graves, comme celle d’une locomotive en janvier 2025, ont provoqué des retards allant jusqu’à douze heures. L’exaspération des usagers est palpable : « Nous sommes considérés comme des citoyens de seconde zone », dénonce Serge Rigal, président du département du Lot, traversé par la ligne POLT. Le ministre délégué aux Transports, Philippe Tabarot, a reconnu cette situation dégradée et annoncé un « geste tarifaire » pour tenter de rassurer les passagers, mais cette mesure semble insuffisante face à la profondeur des problèmes.
Des investissements insuffisants malgré les promesses de modernisation
La SNCF a lancé un vaste plan de modernisation des lignes POLT et Paris-Clermont, avec un investissement de trois milliards d’euros d’ici 2027. Cependant, les associations d’usagers estiment que cette somme est insuffisante pour redresser véritablement la situation. Jean-Noël Boisseleau chiffre le besoin à 2,5 à 3 milliards d’euros supplémentaires pour remettre ces lignes à niveau. L’organisation des travaux elle-même fait débat, notamment une opération de renouvellement dans le Loiret qui entraînera des interruptions du trafic jusqu’à huit heures par jour. La SNCF défend cette méthode en évoquant l’utilisation d’un « train-usine » pour accélérer le processus, mais les usagers estiment que cette solution pénalise trop les voyageurs et que d’autres options, comme l’utilisation d’une seule voie, auraient été possibles.
Une bureaucratie excessive et une crise de personnel aggravent les problèmes
L’un des points cruciaux de la contestation réside dans l’organisation interne de la SNCF, critiquée pour sa bureaucratie excessive après la réforme de 2018 qui a divisé l’entreprise en plusieurs entités. Selon Jean-Noël Boisseleau, cette scission a exacerbé les problèmes en ralentissant la prise de décision et en augmentant les coûts. « Il manque des conducteurs, des contrôleurs et du personnel dans les gares », déplore-t-il, soulignant que l’efficacité des services est de plus en plus compromise. Les usagers pointent également du doigt un manque de coordination entre les différentes entités de la SNCF, qui aurait pu rendre les opérations de maintenance plus efficaces. Les « trains de la colère » ne sont qu’une étape dans une mobilisation qui cherche à forcer les autorités et la SNCF à accorder enfin l’attention nécessaire à la rénovation de ces lignes, essentielles pour des millions de voyageurs.