L’image des bras qui flanchent en fin de journée appartient peut-être bientôt au passé dans l’usine Saunier Duval. Depuis quelques mois, la direction du site nantais a équipé ses ouvriers de plusieurs exosquelettes, ces dispositifs mécaniques discrets mais redoutablement efficaces censés soulager les efforts physiques quotidiens. Une petite révolution, silencieuse mais concrète, qui ambitionne de transformer durablement les conditions de travail sur les lignes de production. À l’origine de cette initiative, une volonté assumée de réduire la pénibilité des tâches répétitives. L’entreprise, spécialisée dans la fabrication de chaudières et de pompes à chaleur, a entamé dès l’automne 2024 l’expérimentation de trois premiers équipements. En juin 2025, le dispositif est monté en puissance : huit exosquelettes sont désormais en service, avec d’autres en commande. Fabriqués pour ne pas excéder deux kilos, ces outils, loin des clichés futuristes, passent presque inaperçus sur le dos des opérateurs. Leur usage ne nécessite aucune maintenance particulière et l’adaptation semble immédiate.
Une transformation silencieuse mais décisive
La directrice générale du site, en poste depuis 2023, assure que cette fois, la tentative est la bonne. Une première expérimentation il y a une dizaine d’années avait échoué : les prix, alors proches de 10 000 euros l’unité, rendaient l’initiative inabordable. Aujourd’hui, la facture a fondu (entre 2 000 et 4 000 euros), rendant l’achat nettement plus accessible. L’encadrement se dit attentif aux avancées technologiques et assure que d’autres filiales du groupe Vaillant suivent déjà le projet de près. Sur le terrain, les salariés valident. Laurent, fidèle à la chaîne de production depuis 28 ans, dit sentir immédiatement la différence. Lui qui rentrait chez lui avec les bras en feu n’a plus besoin d’étirements. Lever plusieurs pièces à la fois ne l’épuise plus. Son exosquelette, il ne le quitte plus. Fabrice, un autre employé de l’usine, a mis un peu plus de temps à être convaincu, mais admet volontiers que l’appareil soulage ses gestes au quotidien, même s’il ne le porte que deux heures par jour pour l’instant.
Malgré tout, des limites à ne pas franchir
Le responsable des méthodes logistiques, en charge du déploiement, insiste sur la capacité d’adaptation des modèles. L’équipement, dit-il, doit épouser chaque morphologie et permettre à tous d’accéder à des postes jusque-là réservés aux profils les plus endurants physiquement. Une dimension inclusive que la direction revendique elle aussi : les exosquelettes sont pensés comme des équipements individuels, distribués selon les besoins. Pas une obligation, mais un outil sur mesure. Il y a cependant des limites à ne pas franchir. Trois heures d’utilisation consécutives constituent un maximum à ne pas dépasser, au risque d’obtenir l’effet inverse. Raison de plus, selon la direction, pour parler non pas d’assistance robotique mais bien d’un levier pour améliorer durablement la qualité de vie au travail. À Nantes, les machines n’ont pas remplacé les hommes. Elles les soulagent.