MADRID — Chaque matin à l’aube, Teresa quitte le terminal 4 de l’aéroport Adolfo Suárez Madrid-Barajas, à la recherche de travail, d’une douche et d’un peu d’exercice. Depuis six mois, cet aéroport international est devenu son foyer. Comme elle, des centaines de sans-abri dorment désormais dans cet espace conçu pour les voyageurs, symptomatique d’une crise du logement qui s’aggrave en Espagne.
L’augmentation rapide des loyers à Madrid et Barcelone, couplée à un manque criant de logements sociaux, pousse de plus en plus de personnes dans la rue. À l’aéroport, les sans-abri dorment sur le sol avec des couvertures, entourés de chariots à bagages et de sacs, dans l’un des hubs les plus fréquentés d’Europe, par lequel 66 millions de passagers ont transité en 2023.
Face à cette situation devenue visible grâce à des vidéos virales et des reportages, l’opérateur aéroportuaire AENA a annoncé cette semaine qu’il allait restreindre l’accès aux zones publiques de l’aéroport pendant les heures creuses. Seuls les passagers munis d’une carte d’embarquement, les employés et les accompagnants seraient autorisés à entrer. Aucune date précise n’a été communiquée pour l’entrée en vigueur de cette mesure.
Cette annonce inquiète profondément les personnes concernées, comme Teresa, 54 ans, qui redoute de devoir dormir dehors si elle est expulsée des lieux. Elle affirme n’avoir reçu aucune aide des autorités depuis son arrivée dans l’aéroport avec son mari. « Nous savons que nous sommes des squatteurs, mais nous demandons juste un peu d’aide », confie-t-elle.
Depuis plusieurs semaines, la gestion de cette crise fait l’objet d’un jeu de responsabilités entre les différents échelons du gouvernement. La mairie de Madrid accuse l’État espagnol et les ministères compétents de refuser de participer à un groupe de travail pour coordonner les solutions, tandis qu’AENA accuse les services sociaux municipaux d’inaction.
Un récent recensement effectué par une association caritative, cité par le journal El País, estime à environ 400 le nombre de sans-abri vivant à l’aéroport. Selon la mairie de Madrid, 94 personnes ont été prises en charge par les services sociaux au mois d’avril, dont 12 ont pu être relogées.
Pour beaucoup, l’aéroport représente une forme précaire de refuge : propre, sécurisé, ouvert 24 heures sur 24. Teresa, ancienne aide à domicile, y est arrivée par le bouche-à-oreille après avoir perdu son logement dans le quartier de Leganés. Aujourd’hui, elle gagne 400 euros par mois en travaillant de manière informelle et utilise cet argent pour payer un garde-meuble, une salle de sport pour se laver, et ses déplacements.
Avec un loyer moyen presque doublé en dix ans, selon le site Idealista, l’Espagne affiche l’un des taux de logements sociaux les plus bas d’Europe. Le gouvernement a récemment adopté des mesures pour encadrer les loyers, mais les effets tardent à se faire sentir pour les plus vulnérables.
Malgré l’incertitude, Teresa garde espoir : « J’espère que les choses vont s’améliorer, parce que ce n’est pas une vie. »