WASHINGTON — La Maison-Blanche a présenté vendredi le projet de budget 2026 du président Donald Trump, une proposition aux allures de manifeste politique visant à remodeler en profondeur les priorités nationales. Le plan prévoit des réductions drastiques — voire la suppression pure et simple — de nombreux programmes publics, tout en amplifiant les moyens alloués à l’agenda sécuritaire et migratoire de l’administration.
Parmi les principales cibles de ces coupes figurent l’aide à la petite enfance, la recherche médicale, les énergies renouvelables et les opérations de maintien de la paix à l’étranger. Ces réductions, déjà amorcées sous l’égide du département de l’Efficacité gouvernementale dirigé par Elon Musk, s’inscrivent dans la volonté du président de démanteler ce qu’il qualifie de “programmes woke”.
Le budget prévoit une baisse globale de 23 % des dépenses domestiques discrétionnaires, soit une chute de 1 830 à 1 690 milliards de dollars. Dans le même temps, la Maison-Blanche appelle le Congrès à débloquer 375 milliards de dollars supplémentaires pour les départements de la Défense et de la Sécurité intérieure dans le cadre du “big, beautiful bill” — un texte législatif phare encore en discussion, visant à combiner baisses d’impôts, réductions de dépenses et renforcement des expulsions de migrants.
Le président de la Chambre, Mike Johnson, a salué une “feuille de route audacieuse” alignée sur “les valeurs des Américains qui travaillent dur.” Mais du côté démocrate, les critiques fusent. “Donald Trump a montré ses priorités : couper dans les aides aux familles pour financer des allègements fiscaux aux milliardaires et imposer des tarifs douaniers qui pénalisent les classes moyennes,” a dénoncé la sénatrice Patty Murray, cheffe démocrate de la commission des crédits.
Sous la houlette de Russell Vought, ancien stratège du groupe conservateur Heritage Foundation et architecte du programme Project 2025, ce budget ne couvre que les dépenses discrétionnaires, laissant de côté les prestations obligatoires comme la Sécurité sociale ou Medicare. Vought prépare également un plan parallèle de 9 milliards de dollars pour annuler les financements de l’Agence américaine pour le développement (USAID) et des médias publics PBS et NPR. Un décret présidentiel en ce sens a été signé jeudi soir.
Le projet prévoit notamment :
- Une baisse de 84 % du budget du département d’État et des programmes internationaux.
- Une réduction de 33,3 milliards de dollars pour la Santé et les Services sociaux.
- Un recul de 12 milliards de dollars pour l’Éducation.
- Des coupes significatives dans les budgets des CDC et des Instituts nationaux de santé.
À l’inverse, la Défense verrait son budget augmenter de 113,3 milliards de dollars, et la Sécurité intérieure de 42,3 milliards, sous réserve de l’adoption de la grande loi budgétaire par le Congrès.
Certains républicains modérés se montrent sceptiques, à l’instar de l’ancien chef de la minorité sénatoriale Mitch McConnell, qui qualifie les hausses militaires de “stratagème budgétaire”. “L’Amérique ne peut pas demander à ses alliés d’augmenter leurs dépenses de défense si nous ne donnons pas l’exemple”, a-t-il déclaré.
Ce projet intervient dans un contexte économique tendu. L’économie américaine s’est contractée de 0,3 % au premier trimestre, plombée par un afflux d’importations anticipant les tarifs douaniers de Trump. Le président a unilatéralement imposé de nouvelles taxes commerciales massives, accentuant les craintes d’un ralentissement économique.
Alors que les déficits annuels frôlent les 2 000 milliards de dollars et que la dette fédérale atteint les 36 000 milliards, ce budget vise aussi à réaffirmer la priorité donnée à la réduction des dépenses publiques. Mais selon l’analyste Maya MacGuineas, “réduire les déficits suppose un effort bien plus large et équilibré que des coupes ciblées dans des programmes domestiques.”
Le Congrès, seul habilité à adopter le budget, s’engage désormais dans des débats houleux. Le projet Trump, au-delà des chiffres, trace les contours d’un second mandat résolument conservateur et conflictuel, à l’image de ses cent premiers jours de retour au pouvoir.