Le secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., a pris une décision radicale en limogeant les 17 membres du Comité consultatif sur les pratiques de vaccination (ACIP) des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Cette mesure, annoncée lundi par le ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS), suscite de vives inquiétudes chez les experts en santé publique, qui dénoncent une atteinte grave à l’indépendance scientifique.
Kennedy, connu de longue date pour ses positions sceptiques envers les vaccins, affirme vouloir restaurer la confiance du public en renouvelant en profondeur la composition du comité. Il accuse l’ACIP d’être miné par des conflits d’intérêts, et souligne que celui-ci « n’a jamais refusé un vaccin ». Pourtant, aucun élément concret n’a été fourni par le ministère pour étayer les accusations de connivence avec l’industrie pharmaceutique. Les membres de l’ACIP sont pourtant tenus de déclarer tout conflit d’intérêts, et certains se sont déjà récusés lors de votes.
Cette décision marque un tournant dans la politique sanitaire américaine. Plusieurs scientifiques de renom, ainsi que l’association professionnelle Pharmaceutical Research and Manufacturers of America, ont exprimé leur inquiétude. Jesse Goodman, ancien scientifique en chef de la FDA, a dénoncé une « tragédie » qui mine la crédibilité des institutions de santé. Pour Dorit Reiss, experte en droit de la santé à l’Université de Californie, « les présidents n’ont jamais interféré dans la composition de ce comité d’experts ».
Les 17 membres évincés avaient été nommés sous l’administration de Joe Biden, dont 13 en 2024. Leur révocation permet à l’administration Trump de nommer une nouvelle majorité d’ici la fin du mandat. Cette intervention politique sans précédent pourrait retarder la tenue de la prochaine réunion du comité prévue du 25 au 27 juin à Atlanta, à moins que Kennedy n’ait déjà discrètement préparé les remplaçants.
Le sénateur républicain Bill Cassidy a lui-même exprimé ses doutes, craignant que le comité soit désormais composé de personnalités « ignorant tout des vaccins, sauf la suspicion ». Kennedy, qui avait promis de ne pas remettre en cause les programmes de vaccination existants, a pourtant déjà retiré les recommandations fédérales sur les vaccins COVID pour les enfants et les femmes enceintes.
En l’état, cette purge de l’ACIP remet en question non seulement les futures orientations vaccinales des CDC, mais aussi les fondements de la santé publique aux États-Unis, à l’heure où la vaccination reste un outil essentiel de prévention pour des millions d’Américains.