La Pologne a décidé de reprendre la production de mines antipersonnel pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, avec l’intention de les déployer le long de sa frontière orientale, a déclaré à Reuters le vice-ministre polonais de la Défense. Ces armes pourraient également être exportées vers l’Ukraine, selon Varsovie, dans un contexte de fortes tensions sécuritaires en Europe de l’Est.
Cette décision s’inscrit dans un mouvement régional plus large. Presque tous les pays européens frontaliers de la Russie, à l’exception de la Norvège, ont annoncé leur intention de se retirer de la Convention d’Ottawa de 1997, qui interdit l’utilisation, la production et le stockage des mines antipersonnel. Les États-Unis, la Russie et la Chine n’étaient pas signataires de ce traité.
Selon le vice-ministre de la Défense Pawel Zalewski, la Pologne souhaite produire ces mines « en grandes quantités et le plus rapidement possible ». Elles seraient intégrées au programme de défense baptisé « Bouclier oriental », destiné à fortifier les frontières du pays avec le Bélarus et l’enclave russe de Kaliningrad.
Le « Bouclier oriental » prévoit la construction de fortifications militaires et de systèmes défensifs le long de la frontière orientale, dans le but de dissuader toute incursion ou pression militaire. L’ajout de mines antipersonnel marque une escalade notable dans la posture défensive de Varsovie face à ce qu’elle perçoit comme une menace croissante en provenance de l’Est.
Interrogé sur le calendrier, le vice-ministre a indiqué que la production pourrait débuter dès l’an prochain, une fois achevé le processus de retrait formel de la Convention d’Ottawa. Cette perspective suscite déjà des débats, tant sur le plan humanitaire que politique, en raison des conséquences à long terme associées à l’usage de ces armes.
La décision polonaise illustre la recomposition rapide des doctrines de défense en Europe depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Elle met en lumière le dilemme auquel sont confrontés plusieurs États : renforcer leur sécurité face à une menace perçue comme existentielle, tout en s’éloignant de normes internationales établies après la guerre froide.