Au Maroc, la contestation contre les liens avec Israël se transporte dans les ports stratégiques
Au Maroc, la contestation contre les liens avec Israël se transporte dans les ports stratégiques

À Tanger, au cœur des installations portuaires marocaines, une mer de drapeaux palestiniens a récemment envahi les quais. Les manifestants, parmi lesquels l’ingénieur agronome Ismail Lghazaoui, scandaient « Rejetez le navire », visant un bâtiment transportant des pièces d’avions de chasse en provenance de Houston, Texas, soupçonné de participer à l’armement d’Israël. Cette mobilisation s’inscrit dans une campagne de plus en plus offensive contre la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et l’État hébreu.

Depuis plus d’un an, le royaume est secoué par des manifestations régulières dénonçant l’accord de normalisation signé en 2020 dans le cadre des Accords d’Abraham, en échange d’un appui américain aux revendications marocaines sur le Sahara occidental. Si ce partenariat a renforcé les liens économiques et sécuritaires entre Rabat et Tel-Aviv, il a également exacerbé la colère populaire, surtout depuis le début de la guerre à Gaza.

Des dizaines de milliers de Marocains, issus de divers horizons politiques et sociaux, sont descendus dans la rue pour dénoncer ce rapprochement. Malgré une tolérance apparente des autorités face à ces mobilisations, les critiques trop directes envers le roi ou la monarchie ont entraîné des arrestations. Ismail Lghazaoui, qui avait dénoncé sur les réseaux sociaux les activités de la compagnie maritime Maersk, a été emprisonné quatre mois pour incitation à la révolte.

Les ports marocains, notamment ceux de Tanger et de Casablanca, sont devenus le nouvel épicentre de cette contestation. Les manifestants réclament le blocage des navires transportant du matériel militaire potentiellement destiné à Israël. Le soutien du principal syndicat marocain et d’organisations religieuses affiliées au mouvement islamiste Al Adl wal Ihsan a donné un nouvel élan à ces actions. Le 20 avril, deux navires soupçonnés de transporter des composants d’avions F-35 ont finalement accosté malgré les protestations.

La compagnie Maersk a confirmé que les navires transportaient des pièces entrant dans la fabrication de ces appareils, tout en niant toute implication dans des livraisons d’armes vers des zones de conflit. De son côté, le ministère marocain des Affaires étrangères n’a pas répondu aux sollicitations, bien qu’il ait précédemment affirmé que les relations avec Israël servaient à faire avancer la cause palestinienne.

Cette crise révèle un profond fossé entre les décisions de l’élite dirigeante et l’opinion publique marocaine, de plus en plus critique vis-à-vis des choix diplomatiques du royaume. Alors que la normalisation avait été défendue par le gouvernement comme une stratégie bénéfique à la souveraineté nationale, elle apparaît aujourd’hui comme un facteur de division et de mobilisation politique.

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