C’est une première qui fait tousser la classe politique. À 73 ans, Michel-Édouard Leclerc s’installe directement à la première place du baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, devant l’ensemble des figures partisanes. Avec 49 % de « bonne opinion », le dirigeant de la grande distribution devance des habitués du podium comme Dominique de Villepin, Édouard Philippe ou Jean-Louis Borloo. Une percée qui ne doit rien au hasard mais beaucoup à une présence médiatique constante, centrée sur un thème qui parle aux Français : le pouvoir d’achat.
Depuis des années, le patron des centres E.Leclerc occupe les plateaux pour commenter l’inflation, les marges, les taxes et la pression sur les classes moyennes. Son franc-parler, sa connaissance des territoires et son refus du jargon politique composent une image singulière dans un paysage saturé de discours convenus. « Je ne suis pas qu’un bon commerçant, je suis un bon produit », lâche-t-il avec humour, conscient que cette popularité dit quelque chose du rapport des Français à leurs élites.
Une figure de la société civile qui capte l’air du temps
Ce succès intervient alors qu’un autre sondage indiquait récemment que 58 % des Français verraient d’un bon œil un patron à l’Élysée. Sans jamais se déclarer candidat, Michel-Édouard Leclerc entretient l’ambiguïté, évoquant « des projets » et une envie d’être « plus présent dans le débat public ». Sa parole, souvent critique à l’égard des choix économiques successifs, trouve un écho particulier dans un pays où le sentiment de déclassement progresse.
Sa première place agit comme un révélateur. Elle souligne la défiance vis-à-vis du personnel politique traditionnel et la valorisation de profils issus de la société civile, perçus comme plus concrets, plus ancrés dans la réalité quotidienne. Dans ce baromètre, plusieurs figures politiques reculent, quand lui surgit au sommet sans étiquette, porté par une notoriété forgée hors des partis.
Derrière la formule et la bonhomie, c’est peut-être cette capacité à incarner une alternative crédible, économique avant d’être idéologique, qui séduit. À un an de l’accélération vers 2027, Michel-Édouard Leclerc ne dit pas ce qu’il fera. Mais ce classement montre déjà ce que beaucoup projettent sur lui.