Mayotte : un plan de redressement colossal sous tension parlementaire
Mayotte : un plan de redressement colossal sous tension parlementaire

Quatre milliards d’euros pour réinventer Mayotte : c’est la promesse du projet de loi débattu depuis lundi à l’Assemblée nationale. Un texte censé répondre à l’urgence sociale et migratoire qui étouffe le 101e département français, sans pour autant convaincre totalement sur le fond comme sur la méthode. Derrière l’ambition affichée par le gouvernement, une réalité bien plus rugueuse : celle d’une île minée par la pauvreté, les bidonvilles et les promesses sans lendemain. Avec 77 % de sa population sous le seuil de pauvreté et un tiers d’habitat informel, Mayotte incarne les limites de l’égalité républicaine. Le ministre des Outre-mer Manuel Valls y voit une « ambition politique sans précédent » : infrastructures, services publics, convergence sociale… L’enveloppe de quatre milliards d’euros, étalée sur six ans, doit permettre de redresser durablement le territoire. Encore faut-il que l’État tienne parole.

Convergence sociale et visa territorialisé : les fractures persistent

Le texte veut marquer une rupture, notamment en inscrivant dans la loi l’objectif de porter le niveau des prestations sociales à 87,5 % du Smic dès 2026, avec une convergence totale promise pour 2031. Une avancée historique selon l’exécutif, une illusion de plus pour certains élus locaux. Plusieurs voix mahoraises rappellent que les engagements passés n’ont jamais été honorés, et que les échéances lointaines ne font qu’alimenter la défiance. Autre point sensible : le visa territorialisé, qui empêche les titulaires d’un titre de séjour à Mayotte de circuler en métropole. Symbole d’un traitement à part, il ne sera supprimé qu’en 2030, malgré son rejet massif sur l’île. Le gouvernement plaide le temps nécessaire à la mise en place de nouvelles mesures de contrôle. En face, des élus dénoncent un double discours et une injustice maintenue au nom de l’ordre. Le texte, soutenu par une majorité parlementaire relativement acquise, a peu de chances d’être rejeté. Mais son adoption ne suffira pas à dissiper le doute : à Mayotte, les lois passent, les inégalités restent. Et la refondation promise devra, cette fois, résister à l’épreuve du réel.

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