Le président français Emmanuel Macron recevra ce mardi à Paris la Première ministre italienne Giorgia Meloni, dans un contexte de tensions croissantes entre les deux capitales sur des sujets aussi sensibles que la guerre en Ukraine, les relations commerciales avec les États-Unis et l’avenir stratégique de l’Union européenne. Cette rencontre, à l’initiative de Macron, vise à désamorcer les crispations récentes et à relancer un dialogue bilatéral devenu compliqué.
Les divergences entre les deux dirigeants ne datent pas d’hier. Emmanuel Macron incarne une vision résolument pro-européenne et plus autonome vis-à-vis de Washington, tandis que Giorgia Meloni, nationaliste et atlantiste convaincue, a affiché sa proximité idéologique avec Donald Trump, notamment lors de leur rencontre à Washington en avril dernier, où elle a repris le slogan « Rendre sa grandeur à l’Occident ». L’Italie, qui bénéficie d’un excédent commercial important avec les États-Unis, cherche à préserver ses liens économiques et politiques transatlantiques, contrairement à Paris, plus critique envers l’approche américaine.
La guerre en Ukraine a cristallisé les tensions. Meloni s’est montrée réticente à l’idée d’envoyer des troupes européennes en Ukraine dans le cadre d’une éventuelle mission de maintien de la paix, une proposition portée par Paris et Londres. Elle a également décliné une invitation à se rendre à Kiev avec Macron, Scholz, Sunak et Tusk, avant de manquer un appel de coordination avec Trump et Zelensky. Son absence a suscité l’irritation à Paris, surtout lorsqu’elle a justifié son retrait en évoquant une pression sur l’envoi de troupes, ce que Macron a publiquement contredit en parlant de désinformation d’inspiration russe — déclenchant la colère de Rome.
Face à cette escalade verbale, l’Élysée a tenté de calmer le jeu. L’entourage de Macron évoque une volonté d’apaisement et de respect, indépendamment des divergences idéologiques. Le dîner de travail prévu ce soir doit permettre aux deux dirigeants de réaffirmer une coopération stratégique sur plusieurs fronts : les garanties de sécurité à offrir à l’Ukraine, les négociations commerciales avec le Mercosur, les droits de douane américains ou encore les projets industriels communs, comme ceux du groupe Stellantis, symbole du lien économique franco-italien.
Au-delà du bilatéral, Paris et Rome partagent aussi des préoccupations géopolitiques communes, notamment en Libye, où l’influence croissante de la Russie dans l’est du pays inquiète. La Méditerranée demeure un théâtre stratégique crucial pour les deux pays, d’autant plus depuis que Moscou a perdu son allié syrien Bachar al-Assad. La situation au Moyen-Orient sera également à l’ordre du jour.
Pour les observateurs, cette rencontre n’est pas le signe d’un renouveau sentimental entre les deux capitales, mais plutôt un geste pragmatique face à une réalité géopolitique complexe. « Ce n’est pas une question d’amitié, c’est une question de nécessité », résume Francesco Galietti, du cabinet Policy Sonar. Dans un contexte européen fracturé et à l’approche du sommet de l’OTAN, Macron et Meloni doivent trouver des points d’accord — et vite.