Cent jours après son élection, le pape Léon XIV, de son nom civil Robert Prevost, a commencé à tracer les contours d’un pontificat marqué par la sobriété, la réserve et un effort manifeste pour apaiser les tensions héritées des douze années parfois houleuses de François. Là où son prédécesseur aimait la spontanéité et les déclarations improvisées, Léon se distingue par sa prudence et son refus assumé des polémiques.
S’il a repris certains gestes de proximité qui rappellent François – comme une promenade improvisée en papamobile place Saint-Pierre devant des dizaines de milliers de jeunes –, il leur a donné un ton plus sobre. Dans des discours en anglais, en espagnol et en italien, il a exhorté la jeunesse à être « sel de la Terre, lumière du monde », insistant sur la paix et la foi en Christ. Mais contrairement à François, il ne cherche pas à marquer l’actualité par des formules chocs, préférant mettre en avant les sacrements et la tradition.
Durant ses premiers mois, Léon a multiplié les appels à l’unité, évitant soigneusement les sujets qui divisent. Son intérêt pour l’intelligence artificielle illustre cette volonté : un thème transversal, jugé crucial aussi bien par les progressistes que par les conservateurs. En interne, il a rassuré la bureaucratie du Saint-Siège, parfois bousculée par le style autoritaire de François, en affirmant que « les papes vont et viennent, mais la Curie demeure ».
La continuité demeure cependant évidente. Léon a consolidé l’héritage écologique de François en célébrant une messe dédiée à la Création et en lançant un projet de ferme solaire de 430 hectares destinée à faire du Vatican le premier État neutre en carbone. Il a également confirmé l’avancée de la transparence financière et la reconnaissance de John Henry Newman comme docteur de l’Église. Mais il n’a encore procédé à aucune nomination majeure ni entamé de grands voyages.
Ce choix d’un profil bas contraste avec François, dont les prises de position sur les migrants, l’environnement ou les bénédictions de couples homosexuels avaient suscité des débats passionnés. Certains fidèles, notamment des jeunes catholiques plus traditionnels, disent trouver dans Léon une clarté doctrinale bienvenue. À leurs yeux, il incarne une Église recentrée sur ses fondements sacramentels et son attachement à la doctrine classique.
Issu de l’ordre augustinien, Léon revendique son identité de « fils de saint Augustin ». Depuis son élection, il cite presque systématiquement le grand théologien dans ses homélies et discours, donnant à son pontificat une tonalité spirituelle tournée vers l’intériorité, la prière et la vie communautaire. Son parcours missionnaire au Pérou, où il a exercé comme évêque, fait également écho à l’appel de François à une Église présente dans les périphéries.
Premier pape nord-américain après le premier pape sud-américain, Léon XIV apparaît aujourd’hui comme une figure de transition. Âgé de 69 ans, il semble vouloir offrir à l’Église catholique une période de répit, une « pluie apaisante » selon un responsable du Vatican, après l’intensité et les secousses du pontificat précédent. Si son style tranche par sa retenue, ses premiers gestes indiquent une continuité mesurée, combinée à un souci de ramener le calme dans une institution encore traversée de tensions.
En se tenant à l’écart des controverses et en privilégiant l’essentiel – le Christ, les sacrements, la paix –, Léon XIV donne pour l’instant le ton d’une papauté moins spectaculaire mais sans doute plus consensuelle, ce qui pourrait correspondre aux attentes d’une Église en quête de stabilité après plus d’une décennie de bouleversements.