Devant les sénateurs, le chef d’état-major des Armées, le général Fabien Mandon, a livré un diagnostic sans détour : la France dispose de trois à quatre ans pour renforcer sa puissance militaire et se préparer à un choc avec la Russie. Cette mise en garde, marquée par un sentiment d’urgence, s’accompagne d’un appel à réviser certaines priorités de la loi de programmation militaire (LPM), notamment autour du futur porte-avions. L’officier a souligné la gravité du contexte stratégique, évoquant les récentes annonces de Vladimir Poutine sur ses armes dites « indestructibles », comme la torpille nucléaire Poséidon ou le missile de croisière Bourevestnik, capables de voler plus de dix heures avec un cœur nucléaire. Pour le général, ces démonstrations ne sont pas de simples provocations : elles traduisent une posture d’agressivité inédite. Face à une Russie qu’il juge déterminée à poursuivre la confrontation, il estime que l’armée française doit hausser rapidement son niveau opérationnel.
Former, équiper et réarmer avant qu’il ne soit trop tard
Le général Mandon demande un effort massif d’investissement et un calendrier resserré. Il soutient la hausse de six milliards d’euros inscrite dans le budget 2026, mais réclame des moyens supplémentaires pour trois priorités : l’entraînement, les munitions et la dronisation des forces. Il cite un exemple édifiant : l’équipage de la frégate du Languedoc, qui avait dû abattre un missile en mer Rouge sans avoir jamais tiré auparavant. Selon lui, il est impératif d’intensifier les exercices à munitions réelles et de dégager 800 millions d’euros en plus pour la formation. À cela s’ajoute la nécessité de reconstituer les stocks de munitions, d’acheter des drones kamikazes, de renforcer la défense aérienne avec de nouveaux systèmes SAMP/T et de réarmer les frégates en missiles de toutes portées. L’état-major veut également accélérer le développement de canons antidrones terrestres et aériens. Ce plan vise à combler les faiblesses logistiques et technologiques révélées par la guerre en Ukraine.
Remettre à plat le porte-avions et miser sur le futur du combat aérien
Le général Mandon ne cache pas ses doutes sur le programme du futur porte-avions, dont le coût dépasse les dix milliards d’euros. Selon lui, le projet doit être repensé pour intégrer pleinement la dimension aérienne et l’usage des drones de combat. Il rappelle aussi la faible disponibilité du Charles-de-Gaulle, seul navire de ce type en France, et plaide pour un dispositif plus réaliste et plus flexible. Sur le front du système de combat aérien du futur (SCAF), il se veut pragmatique. Peu importent les tensions entre Dassault et Airbus : les armées française, allemande et espagnole ont, selon lui, le même besoin d’une plateforme de 15 tonnes, capable de transmettre l’information à très haute vitesse. Pour y parvenir, il faut selon lui débloquer au plus vite les fonds nécessaires au développement du moteur M88 T-Rex de Safran, destiné au Rafale 5 et préfigurant celui du SCAF. Enfin, le général privilégie le développement de missiles de croisière et de drones longue portée plutôt que le retour aux missiles balistiques, jugés trop coûteux et inadaptés au contexte actuel. Son message est clair : il faut investir là où la réactivité et la précision primeront sur la démonstration de force. L’armée française, dit-il, doit redevenir capable de tenir tête à un adversaire de premier rang et le temps presse.