JOHANNESBURG — Face à une salve d’accusations non fondées lancées par le président américain Donald Trump lors d’une rencontre au Bureau ovale, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a maintenu un calme impressionnant, suscitant l’admiration dans son pays. Mercredi, lors de leur entretien à Washington, Trump a martelé l’idée selon laquelle les Afrikaners seraient victimes d’un « génocide blanc » en Afrique du Sud — une théorie démentie depuis longtemps, mais ravivée par ses soutiens, dont Elon Musk.
Ramaphosa a réfuté ces propos avec fermeté mais sans agressivité. « Il y a de la criminalité dans notre pays. Malheureusement, les personnes tuées par des activités criminelles ne sont pas seulement des Blancs. La majorité d’entre elles sont des Noirs », a-t-il rappelé, tout en tentant de maintenir une atmosphère cordiale. Cette attitude a été largement saluée en Afrique du Sud, où le chef de l’État est reconnu pour ses talents de négociateur depuis son rôle clé dans les pourparlers de paix qui ont mis fin à l’apartheid.
Le Congrès national africain (ANC), parti de Ramaphosa, a souligné que sa posture s’inscrivait dans la lignée de Nelson Mandela, louant sa « fière tradition diplomatique ». Des analystes politiques ont noté que, malgré les interruptions de Trump, Ramaphosa n’a pas perdu son sang-froid. « Il a su gérer ses émotions avec tact », a commenté l’analyste Ralph Mathekga.
La rencontre intervient dans un contexte tendu : l’administration Trump a réduit l’aide américaine à l’Afrique du Sud, menacé d’imposer des tarifs douaniers élevés et expulsé l’ambassadeur sud-africain. Trump a même proposé un droit d’asile aux Afrikaners, sur la base de persécutions que Pretoria juge imaginaires. Dans ce climat, peu s’attendaient à une amélioration notable des relations bilatérales à l’issue de cette visite.
Pour beaucoup, la stratégie de Ramaphosa consistait à éviter l’humiliation ou un « moment Zelenskiy », en référence à la confrontation tendue entre Trump et le président ukrainien en février. Afin de parler à Trump sur son terrain, Ramaphosa avait emmené à Washington le milliardaire Johann Rupert ainsi que les golfeurs Ernie Els et Retief Goosen, qui ont pu intervenir sans être interrompus — contrairement à Ramaphosa lui-même.
L’humour du président sud-africain n’a pas suffi à désarmer Trump, qui s’est emporté contre un journaliste à propos d’un Boeing qatari offert à son administration. Ramaphosa a alors plaisanté : « Je suis désolé, je n’ai pas d’avion à vous donner », ce à quoi Trump a répondu froidement : « J’aurais aimé que ce soit le cas. »
Malgré tout, la performance du président sud-africain a été saluée pour sa maîtrise. « Je lui donnerais une note de 7 sur 10, ce qui est élevé pour une réunion avec Trump », a déclaré Phumzile van Damme, ancienne députée de l’Alliance démocratique. Une appréciation qui résume bien le sentiment général : Ramaphosa est sorti de cette confrontation avec son intégrité diplomatique intacte.