Caricature controversée : Erdogan fustige une « vile provocation » et ravive la tension religieuse en Turquie
Caricature controversée : Erdogan fustige une « vile provocation » et ravive la tension religieuse en Turquie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé mardi une caricature publiée dans un magazine satirique comme une « vile provocation », en affirmant qu’elle portait atteinte aux figures sacrées des religions monothéistes. Le dessin, paru dans le magazine Leman, représente deux personnages identifiés comme les prophètes Mahomet et Moïse se serrant la main dans un ciel assombri par des bombardements, suscitant une vive controverse dans le pays.

Le président a déclaré que la caricature n’était pas seulement offensante envers l’islam, mais aussi envers le judaïsme, et qu’elle visait à diviser la société turque et à provoquer un choc culturel. « Il ne s’agit pas de liberté d’expression, mais d’une attaque ouverte contre nos valeurs spirituelles », a-t-il affirmé lors d’un discours à Ankara, ajoutant que les auteurs devraient « répondre devant la justice ».

La publication a déclenché une vague d’indignation dans les cercles conservateurs et religieux. Quatre personnes, dont deux rédacteurs en chef de Leman, ont été arrêtées lundi à Istanbul, ce qui a provoqué une réaction immédiate d’organisations de défense des droits et de groupes de journalistes. Ceux-ci dénoncent une atteinte à la liberté d’expression et un recours disproportionné à la répression judiciaire.

Dans un communiqué publié mardi, le magazine Leman a présenté ses excuses, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une volonté de représenter des prophètes, mais d’un malentendu artistique. La rédaction affirme que le dessin visait à critiquer les conflits armés actuels, et non à heurter les convictions religieuses.

Malgré une interdiction formelle, des manifestations ont eu lieu dans le centre d’Istanbul en fin de journée. Des dizaines de protestataires ont affronté les forces de l’ordre à proximité des locaux du magazine, tandis que plusieurs points de rassemblement faisaient l’objet d’une surveillance policière accrue.

Cette affaire intervient dans un contexte politique tendu en Turquie, marqué par une multiplication des poursuites pour « insulte aux symboles religieux » ou au président. Pour les observateurs critiques, ces polémiques récurrentes autour de la religion sont utilisées pour mobiliser l’électorat conservateur et faire oublier les difficultés économiques croissantes qui touchent le pays.

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