Calin Georgescu, le populiste d’extrême droite qui a bouleversé la scène politique roumaine lors de la présidentielle de 2024 avant que le scrutin ne soit annulé, a annoncé lundi soir qu’il se retirait de la vie publique. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, l’ancien candidat a déclaré qu’il souhaitait désormais être un « observateur passif de la vie publique et sociale ».
À 63 ans, Georgescu affirme ne plus appartenir à aucune formation politique et ne plus entretenir de lien avec aucun parti. Cette décision intervient quelques jours après l’issue du second scrutin présidentiel organisé en mai, remporté par Nicusor Dan, un ancien maire de Bucarest pro-européen, officiellement investi lundi.
Candidat indépendant aux précédentes élections, Georgescu avait surpris en terminant en tête du premier tour devant le Premier ministre sortant, bousculant tous les pronostics. Sa montée fulgurante, bien que précédée d’une campagne énigmatique sans dépenses déclarées, avait soulevé de nombreuses interrogations. Des soupçons d’irrégularités électorales et d’interférence russe avaient poussé la justice roumaine à annuler purement et simplement le scrutin — une décision inédite dans ce pays membre de l’Union européenne et de l’OTAN.
Interdit de se présenter à l’élection partielle de mai, Georgescu a dénoncé une « annulation illégale et inconstitutionnelle » et accusé les autorités d’avoir « inventé des preuves pour justifier le vol du scrutin ». Son discours anti-système et souverainiste lui a attiré le soutien de figures notoires comme Elon Musk ou le vice-président américain JD Vance, qui ont critiqué l’annulation du vote.
Figure controversée, Georgescu s’est déjà attiré de nombreuses critiques pour avoir qualifié de « héros nationaux » des dirigeants fascistes roumains des années 1930-1940, et pour avoir publiquement loué Vladimir Poutine tout en remettant en cause la légitimité de l’Ukraine. Il nie toutefois toute affiliation prorusse.
Visé par une enquête pénale depuis février, Georgescu est accusé par les procureurs roumains d’incitation à la subversion de l’ordre constitutionnel, de financement illégal de campagne, et de soutien à des organisations fascistes ou xénophobes. Le parquet a annoncé mardi l’extension de l’enquête après des déclarations télévisées qu’il aurait faites début mai, jugées susceptibles d’encourager des idéologies fascistes.
Malgré son retrait annoncé, Georgescu n’exclut pas un retour : « Si une opportunité sérieuse devait se présenter pour apporter de réels bénéfices à la Roumanie et au peuple roumain, je reviendrai. » Pour l’heure, il estime que le « mouvement souverainiste » qu’il incarnait a pris fin, mais que « les idéaux pour lesquels nous avons combattu ensemble demeurent ».
Ce départ marque la fin d’un chapitre électoral tendu pour la Roumanie, qui a vu l’émergence d’un candidat anti-élite galvaniser des foules en dénonçant l’establishment, tout en suscitant de vives inquiétudes sur la santé de la démocratie et l’ingérence étrangère dans le pays.