À Lomé, l’armée disperse violemment une manifestation contre le pouvoir de Faure Gnassingbé
À Lomé, l’armée disperse violemment une manifestation contre le pouvoir de Faure Gnassingbé

Des soldats togolais ont réprimé jeudi à Lomé une manifestation antigouvernementale à coups de gaz lacrymogènes et de matraques, dispersant plusieurs centaines de manifestants qui bloquaient les principales artères de la capitale. Les protestataires exigeaient la démission de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis près de vingt ans, et désormais investi d’un rôle encore plus puissant à la tête de l’État.

Selon des témoins cités par Reuters, l’intervention des forces armées a été rapide et brutale. Les manifestants, principalement mobilisés par des blogueurs et activistes togolais, avaient prévu trois jours de mobilisation, mais la première journée a été écourtée par la répression. En milieu d’après-midi, des échauffourées étaient encore signalées dans plusieurs quartiers de Lomé, tandis que de nombreux commerces gardaient portes closes.

La colère populaire a été ravivée par la récente nomination de Gnassingbé au poste de président du Conseil des ministres, une fonction nouvellement renforcée et sans limite de mandat. Ce changement institutionnel, dénoncé comme un « coup d’État constitutionnel » par les partis d’opposition, fait craindre une pérennisation du pouvoir personnel dans un pays dirigé sans discontinuer par la famille Gnassingbé depuis 1967.

Faure Gnassingbé avait déjà exercé la présidence pendant vingt ans après avoir succédé à son père, Gnassingbé Eyadéma, mort en 2005 après 38 ans de règne. L’instauration de cette nouvelle fonction exécutive, qui concentre des pouvoirs étendus, est perçue comme un moyen de contourner les limites de mandat présidentiel imposées par la Constitution.

Les tensions politiques ne sont pas nouvelles au Togo, mais elles connaissent depuis quelques semaines une nette recrudescence. Les activistes et les partis d’opposition multiplient les appels à la mobilisation, tandis que les autorités renforcent leur contrôle sécuritaire dans les grandes villes.

Malgré l’interdiction implicite de la manifestation, les organisateurs avaient appelé la population à descendre dans la rue pour réclamer une transition démocratique. Leur mobilisation a été brutalement contenue, mais les protestataires ne semblent pas prêts à renoncer. De nouveaux rassemblements sont prévus, même si les risques d’escalade et de répression demeurent élevés.

Cette nouvelle crise politique vient alourdir un climat social déjà tendu, dans un pays confronté à des défis économiques, au chômage des jeunes et à une défiance croissante envers les institutions. Faure Gnassingbé, fidèle à une stratégie d’autorité ferme, fait face à une contestation qui, bien que muselée, semble déterminée à se faire entendre.

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