L’aspect psychologique est fondamental dans les matchs de football : sans un moral solide, il n’y aurait ni victoire, ni remontadas. C’est dans cette optique que Yaw Amankwah, ancien défenseur des championnats norvégien et danois et analyste sportif, a eu recours à la technologie pour affiner l’évaluation psychologique des joueurs. Il déclare : « Quand vous détournez votre regard du ballon, vous trouvez un trésor d’informations. Vous pouvez alors savoir si les joueurs sont très sûrs d’eux, agressifs ou isolés », selon The Guardian.
Amankwah a ainsi décidé de collaborer avec le professeur de psychologie Geir Jordet et d’exploiter les technologies d’intelligence artificielle pour dresser un profil psychologique des joueurs, en remplacement des méthodes de programmation traditionnelles, longues et chronophages.
Dans une déclaration, Jordet explique : « Bientôt, il n’y aura plus de limite au nombre d’équipes que nous pourrons analyser à tout moment. Nous pourrons alors informer les clubs sur de potentielles nouvelles recrues, mettre en lumière un joueur qu’ils ne connaissaient pas ou confirmer — voire contester — une décision en cours ». Il ajoute : « Nous pourrons dire, oui, cette signature est intéressante ou, de notre point de vue et sur la base des indicateurs générés par l’IA, il y a ici un signal d’alerte que vous devriez considérer ».
Cette initiative survient à une époque où le football s’appuie de plus en plus sur les données pour évaluer les qualités physiques des joueurs. Toutefois, obtenir des indicateurs précis sur leurs traits psychologiques, comme le contrôle émotionnel ou le leadership, reste difficile. C’est pourquoi certains clubs de Premier League, notamment Brighton, utilisent déjà une technologie visant à les aider dans leurs processus de recrutement.
On se souvient que l’analyse de l’entraîneur Thomas Tuchel avait fait la une lors de la finale de l’Euro 2024 : il avait conseillé à ses joueurs de mieux communiquer entre eux, soulignant que le nombre d’interactions verbales ou gestuelles sur le terrain n’était pas suffisant pour saisir l’ensemble du tableau. Il évoquait ainsi un conflit intérieur invisible entre les joueurs, qui ne peut être mesuré simplement en comptant les mots ou les gestes.
L’importance d’une analyse psychologique des joueurs
Pour illustrer son idée, Amankwah prend l’exemple d’un joueur qui tire un ballon à 18 mètres au-dessus des tribunes et reçoit 45 secondes plus tard une tape sur l’épaule d’un coéquipier. Ce geste, bien que furtif, peut échapper aux supporters, aux médias et même aux entraîneurs, mais pour un ancien joueur professionnel, c’est un signe de leadership. Amankwah affirme : « Je connais les signaux et comportements subtils qu’il faut apprendre pour être performant sur le terrain ».
Depuis six ans, Amankwah et Jordet ont analysé des milliers d’heures de séquences de matchs à travers le monde, y compris des vidéos de chaque joueur de la Premier League et du championnat féminin anglais. Le fruit de leur travail est une base de données contenant plus de 100 000 observations uniques. Ensemble, ils ont fondé la société Inside Out Analytics, qui permet de classer les joueurs selon divers types de comportements.
Ces données permettent de révéler l’impact psychologique sur les performances d’un joueur. Le projet d’Amankwah et Jordet ne se limite pas à collecter des informations : il fournit aux clubs une base de comparaison pour évaluer leurs propres joueurs face à ceux de l’équipe adverse, à poste équivalent. Par exemple, un club peut savoir si son défenseur possède un meilleur contrôle émotionnel que 95 % des autres défenseurs du championnat. Ce type de repère est précieux, car il place les comportements dans leur contexte et offre une compréhension plus fine des performances, au-delà de simples statistiques comportementales.
Le Bayern Munich fait partie des clubs pionniers à avoir testé cette plateforme sous la direction de Julian Nagelsmann. Max Pelka, ancien psychologue du club aujourd’hui chez Brighton, explique : « Chaque département du club fournit ses données, mais ce n’est pas le cas de la psychologie. Pourtant, il existe des aspects mesurables et de nombreux diagnostics cognitifs, bien que ceux-ci soient encore loin de refléter ce qui se passe vraiment sur le terrain ».
Pelka a collaboré avec Amankwah et Jordet pour analyser environ 25 matchs du Bayern lors de la seconde moitié de la saison 2022-2023. Il en tirait des résumés détaillés sur la posture de chaque joueur, les mouvements de leur tête et leurs gestes.