Face à l’échec des négociations avec les diffuseurs traditionnels, la Ligue de football professionnel a officialisé la création de sa propre chaîne de diffusion dédiée à la Ligue 1, une décision inédite dans le paysage audiovisuel du sport français. Cette nouvelle plateforme numérique, entièrement conçue et opérée par LFP Media, sera proposée au tarif de 14,99 € par mois, avec une offre spéciale à moins de 10 € pour les moins de 26 ans.
Cette officialisation se réalisé dans un contexte tendu, marqué par l’échec des discussions avec Canal+ et la rupture de contrat avec DAZN, qui s’était engagée en 2023 à verser 400 millions d’euros annuels jusqu’en 2029, un accord qui n’a jamais réellement pris forme sur le plan opérationnel.
Privée de diffuseur principal à quelques semaines du début de la saison, la LFP se devait de trouver une alternative rapide pour garantir des revenus aux clubs de Ligue 1, largement dépendants des droits télévisés.
Un modèle propriétaire inspiré de la Premier League ?
« Il vaut mieux être maître de ses droits et de leur diffusion », a déclaré Nicolas de Tavernost, directeur général de LFP Media, dans un entretien exclusif accordé à L’Équipe. Ce dernier évoque une stratégie inspirée par la Premier League anglaise, qui conserve un contrôle étroit sur la vente de ses droits domestiques et internationaux, bien qu’elle ne soit pas allée jusqu’à créer sa propre plateforme.
LFP Media diffusera huit des neuf matches de chaque journée de Ligue 1. Le neuvième, dont les droits appartiennent à beIN Sports, continuera d’être diffusé par la chaîne qatarienne jusqu’à la fin de la saison 2025-2026.
Un pari risqué sur le numérique
La future plateforme, dont le nom et les détails techniques seront dévoilés le 10 juillet lors d’une conférence de presse, représente une tentative risquée de rupture avec les modèles classiques. Reste que plusieurs inconnues pèsent encore sur son avenir : la distribution sur les box Internet, la capacité technique de diffusion en masse, ou encore la qualité de la production audiovisuelle, que garantissaient jusqu’ici des partenaires expérimentés comme Canal+ ou Amazon Prime Video.
Le lancement de ce service marque aussi une tentative de reconquête du public, après les polémiques suscitées par la mauvaise expérience utilisateur sur DAZN en début de saison 2024-2025. La LFP promet une interface fluide et un accès simple, en particulier sur mobile et tablette, pour viser un public plus jeune.
« Si nous remplissons notre mission correctement, le public sera au rendez-vous »
Les dirigeants du football français espèrent désormais que les abonnements généreront des recettes suffisantes pour compenser l’absence de contrat global avec un diffuseur. Pour rappel, les droits de la Ligue 1 étaient valorisés à près de 1,2 milliard d’euros par saison lors de l’accord signé en 2018 avec Mediapro, un chiffre désormais hors d’atteinte.
« Si nous remplissons notre mission correctement, le public sera au rendez-vous », conclut Nicolas de Tavernost, confiant mais lucide quant aux risques. Reste à voir maintenant si ce modèle saura convaincre les abonnés… et les clubs.